« Ce sont mes amis, ils ont vécu avec moi une part de ce récit ». Ce sont ces mots qui ont été choisis pour présenter les protagonistes de Alma Viva, qui suit le parcours de Salomé (Lua Michel), une jeune française de 9 ans qui rend visite à sa famille au Portugal. Nichée au coeur des montagnes perdues qui sont aussi celles de l’enfance de Cristèle Alves Meira, elle va être rapidement confronté aux sorcières qui peuplent encore ces recoins perdus, comme hors du temps. Tandis que ces Circé modernes distillent le mauvais sort, la mort de la grand mère, qui rendait jadis l’unité possible, va cristalliser les tensions de la famille de Salomé. Il y a du Dolan dans les scènes de disputes, du Malick dans la composition des paysages et du Allen, dans tout ce qu’il a de comique, dans cette formidable séquence du cercueil qui chute. Pour son premier long métrage, la réalisatrice franco-portugais déjoue les clichés, affront les tabous d’une société que ses parents ont quitté, et transforme une tradition orale mystique en un pur objet cinématographique. Puisant dans le vivier de montagnards vivant sur les lieux du tournage, qui fut « brumeux et silencieux, car en plein confinement », Cristèle Alves Meira explore des zones du cinéma qui se font rares : partir filmer le mystique, le rural à l’épreuve de la montagne, ou peut-être la propre vie d’une français qui regarde dans les yeux l’histoire de sa famille portugaise. La séquence finale, qui témoigne à la fois de l’emprunte chrétienne et du mystique du film, clôt un film rythmé comme peu de premiers films le sont. Probable qu’il gagne un prix aux Oscars du meilleur film étranger, où il est d’ores et déjà invité.