Avec Alps, Yórgos Lánthimos poursuit son exploration de l’absurde et du malaise, en imaginant une organisation secrète qui propose d’incarner les défunts pour aider les familles en deuil.
L’idée de départ est fascinante et pleine de potentiel, et le réalisateur en exploite habilement l’étrangeté en distillant les informations au compte-gouttes. L’ambiance qui en découle est sombre, déstabilisante, presque malsaine, un effet renforcé par une mise en scène qui désincarne les personnages en les noyant dans des flous ou des cadres trop serrés, ou dissymétriques. On suit alors la dérive de l’infirmière (incarnée par Angeliki Papoulia) qui, à force de se glisser dans des identités factices, perd peu à peu ses repères.
Mais si la froideur du concept est une force, celle du jeu d’acteur en est une limite. La direction austère voulue par Lánthimos rend tous les personnages glacials, distants, et donc difficiles à investir émotionnellement. Ce choix accentue également la lenteur d’un récit où certaines sous-intrigues restent en suspens, comme celle de la joueuse de tennis, dont le sort demeure flou. Le film finit par donner une impression d’exercice de style, presque élitiste dans son refus de rendre son sujet accessible (et de façon quelque peu pompeuse il faut bien l'admettre).
Alps fascine par son atmosphère et son idée de base, mais sa rigidité empêche toute véritable implication. Un peu frustrant, car le potentiel du concept semble immense, mais le réalisateur passe un peu à côté.