Expérience d'amour véritable et rêve éveillé, Alterlove est un petit film qui ne paye pas de mine au premier regard, à la forme simple, mais qui se révèle plus intéressant qu'il n'y paraît. Nous voilà transportés dans une aventure amoureuse enchaînant des scènes toutes plus différentes les unes que les autres et qui prennent le temps de nous présenter les étapes de la séduction de nos jeunes amoureux incarnés par deux comédiens de talent.
Nous savons dès le début que nous ne parlerons pas de l'amour au sens de la recherche de l'"âme soeur" et de la vie commune à long terme. Les discussions tournant autour de l'argent, des projets d'avenir ou de la situation professionnelle n'ont ainsi pas lieu là et c'est le personnage joué par Kim Higelin qui pose la règle du jeu de cette soirée unique (littéralement).
C'est elle qui hypnotisera le personnage joué par Victor Poirier dans un magnifique plan poitrine et regard caméra, emportant avec elle le spectateur par la même occasion.
Partant de là, la nuit sensationnelle peut commencer. Bien sûr on commence par vouloir se faire rire, danser, boire en boîte de nuit. Classique... On se taquine de façon téléphonée sans vraiment se dévoiler, on manifeste son intérêt mais surtout on le fait de façon naturelle avec une caméra qui suit nos personnages avec très peu de cuts. On est là, avec eux et on laisse la part belle à la gestuelle et tous les sous-entendus qui l'accompagnent. Difficile d'exprimer mieux l'envie de séduire qu'en montrant le personnage féminin prétexter d'aller aux toilettes pour mieux se rajuster devant la glace et laisser choir le col de son pull dévoilant une épaule nue sans jamais que cela ne soit appuyé par un gros plan sur cette épaule ni sur la réaction du personnage masculin.
Après cette étape classique, nous voilà dans un karaoké étrange aux couleurs rosées et passionnelles. Un karaoké dans lequel on chante en blabla. Plus besoin de mots, on ressent, on se regarde, on pleure aussi mais on ne sait pas vraiment pourquoi, on suppose. Et on se plaît... Encore plus qu'il y a une heure, moins que dans l'heure prochaine.
Ensuite vient certainement l'une des scènes les plus fortes du film. Le dîner dans l'obscurité. Les langues se délient, le masque "cool attitude" de la séduction ingénue s'écarte et laisse apparaître celui de la vulnérabilité et de l'intimité, des confidences, de la famille, des frustrations et de la colère. Du moins en apparence car : 1) On ne sait jamais si le jeune amoureux dit toute la vérité sur lui et sa mère et 2) on observe déjà un déséquilibre entre lui et la belle inconnue. Il en dit beaucoup plus sur lui-même qu'elle n'en dit sur elle. Comme on l'a vu plus haut, c'est elle qui mène le jeu et ne dérogera jamais à sa règle. Elle n'est pour autant jamais insensible, bien au contraire. On devine derrière ses larmes des douleurs du passé mais le film n'en parle pas et nous laisse imaginer.
Jolies aussi sont ces scènes d'un Paris nocturne chimérique baigné de lumières tamisées, théâtre des embrassades de nos protagonistes. La jolie musique de Carioca & Ruben y est pour beaucoup aussi dans cette atmosphère légère hors du monde, hors du temps. Et le film évite habilement la mièvrerie que l'on pourrait trouver dans une comédie romantique lambda. On croit à ce couple dans leurs moments de doutes, de colère, de questionnement comme dans leur complicité.
Enfin, alors qu'on s'attend de manière prévisible à une scène finale d'échange de plaisirs charnels et sensuels entre elle et lui, le film nous emmène ailleurs, dans un montage de plans de la nuit parisienne, ses passants, ses éboueurs, ses nettoyeurs des rues, ses boulangers, son étonnante quiétude alors que l'aube s'apprête à se lever. C'est presque trop pudique et pourtant on y voit une certaine puissance érotique à pouvoir imaginer ce qui se passe dans cette chambre. Malheureusement, comme dans Tristan et Isolde de Wagner, la nuit et ses rêves laissent place à l'aube de la vie, celle du travail, des serments, des contraintes, ni belle, ni laide, souvent monotone. Les canards retournent dans la mare (oui il y a deux canards aventureux figurants au début et à la fin du film).
Et c'est ainsi que la matinée semble bien amère (pour les personnages et pour le spectateur), comme si nous avions quitté l'état d'esprit dans lequel le personnage de Kim Higelin nous avait plongé au début du film en nous invitant de ses mots et de son regard à "passer une nuit dingue".
"Moi je trouve que quinze ans d'amour ou une nuit d'amour c'est à peu près la même chose".
Douloureux bonheur de l'amour éphémère,
Sublime souvenir pour la vie entière...