Nous avions connu Jay Lee, le réalisateur, beaucoup plus inspiré en terme d'originalité, puisqu'il nous avait servi le culte et inattendu Zombie Strippers. Le voilà donc avec sa version d'Alice au pays des merveilles, et honnêtement, cette jeune demoiselle est depuis quelques temps la source d'inspiration de tant d'auteurs qu'elle finit par donner la nausée; Sucker Punch, The Ward, ou encore l'adaptation de Tim Burton, il ne manquerait plus qu'une version poker online pour que le tableau soit complet (quoique ça pourrait être pertinent, spirale sans fin et cie...).
En réalité c'est dommage car cette pellicule est en elle-même très appréciable et se suffisait à elle-même sans qu'il y ait besoin de lui greffer le roman de Carroll. Nous assistons à une descente aux enfers, à peu de choses prêts la même que celle que connaissait le personnage principal dans le Edmond de Stuart Gordon. Une personne sage se transforme en dangereux tueur, rien de bien différent de ce dernier, donc, si ce n'est qu'Alice flirte bien plus avec l'humour (noir). On a bien une première partie centrée sur la culpabilité, un peu assommante d'ailleurs, mais laisse place à une seconde qui glisse sur le terrain du splatter avec son lot de scènes à vous retourner l'estomac, tout en faisant rire, la phase consistant à faire disparaître les corps étant tout bonnement surréaliste.
Jay Lee sait comment manier sa caméra et diriger ses acteurs, au point de nous offrir de véritables instants artistiques, notamment sur le toit de l'immeuble, mais surtout lorsque les scènes incluent Eddie Rouse, comédien bien trop discret alors qu'il mériterait des rôles plus conséquents dans de plus grosses productions, afin d'exploiter tout son talent. Heureusement que Lee en a minimisé le nombre de scènes, l'acteur ayant une tendance naturelle à occulter les autres comédiens, dont Jade Dornfeld, pourtant convaincante dans le rôle d'Alyce, mais encore trop peu chevronnée pour tenir tête à un chicano bourru.
Alyce se place donc parmi les meilleurs splatters sortis en direct-to-video cette année, bien qu'il soit regrettable que Jay Lee, succombant à la facilité, se tire une balle dans le pied en tenant absolument à apparenter son oeuvre à l'univers de Lewis Carroll (vous aurez évidemment le droit au lapin blanc, ne vous inquiétez pas...). A fortiori, cette immersion dans le terrier à tendance à s'étaler, alors qu'un plongeon plus franc et sans fioritures aurait évité au spectateur de ressentir un ennui durant la première moitié, aussi beau le visuel puisse-t'il être.
Espérons cependant que la bobine rencontre le succès qu'elle mérite, car autant l'idée d'une réinterprétation d'Alice pouvait passionner il y a peu, autant elle fait hérisser le poil au jour d'aujourd'hui. Un coup de poker joué par Jay Lee qui peut aussi bien gagner gros qu'y perdre des plumes; avec un esprit aussi téméraire il devrait aller faire un saut sur winamax.