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Revenir régulièrement à Amadeus est bon pour la santé. Déjà parce que ça dégourdit les esgourdes grâce aux musiques du type qui occupe le titre, mais aussi parce que Miloš Forman, malheureusement trop rare, est gage d’une utilisation constante de tous les codes du médium pour traiter son sujet.
C’est l’immersion dans la Vienne du XVIIIème, grâce au tournage à Prague (alors sous la coupe de l’URSS) qui recèle de décors somptueux toujours dans leur jus, et au travail des costumes tout bonnement effarants. C’est également une plongée dans ce monde si fantasmé de la scène musicale européenne du siècle des Lumières, où intrigues et jalousies s’effacent devant un art, restitué de la plus belle des manières dans le film.
Forman parvient à mettre en scène la musique comme personne, usant de transitions elliptiques qui passent d’une partition à une répétition, d’une répétition à une représentation, le tout dans un mouvement fluide et gracieux. Son et image sont symbiose permanente et empêche à Amadeus de tomber dans le classicisme qui lèse nombre de biopics musicaux.
Comment ne pas évoquer à ce titre cette scène conclusive, un va et vient entre les instruments, couchés sur le papier, imprimés sur l’objectif de la caméra, qui nous fait voir la musique et son processus créatifs dans la déconstruction du Requiem, et qui parvient à le rend plus majestueux encore qu’il ne l’est déjà à l’oreille. Un va et vient entre un homme dévoré par la jalousie et l’homme qu’il a tué, inconscient de travailler avec son bourreau dans cette parenthèse qui les fait se joindre par amour de la musique.
Une dualité qui se retrouve dans le ton même du film, alternant entre dignité et légèreté, tragédie et comédie. Par l’entremise d’un narrateur non fiable, Salieri, le récit prend une tournure fantastique, celle d’une mémoire qui, en s’éteignant au même rythme que la postérité du compositeur envieux, laisse place à toutes les exagérations possibles. L’homme devient, par ce déni du réel, un apostat.
Car Salieri est petit, dans tous les sens du terme, face à ce Mozart dont l’avant-gardisme n’est pas seulement dans ses œuvres, mais dans son apparence, sa vulgarité, son absence anachronique de morale… et son rire. Tout s’efface lorsque Amadeus est là, et plutôt que de s’accorder, l’italien décroche de tous les principes qu’ils l’avaient jusqu’alors guidé.
Classique instantané (j’ai eu la chance d’être accompagné d’un ami qui ne l’avait jamais vu lors de cette séance, il était immédiatement conquis, dès le premier plan enneigé où résonne lugubrement les cris de Salieri) et atemporel, Amadeus frappe toujours aussi fort à chaque nouveau visionnage.