« Amadeus », de Miloš Forman : L'histoire de la relation de Salieri et de Mozart ne pouvait être racontée que d'une seule manière et ce film l’accomplit brillamment !
Pour commencer, je tiens à souligner la reconstitution du XVIIIe siècle, elle est parfaite. Les différents décors (palais, théâtres et rues) ne paraissent jamais artificiels. Les costumes, les perruques et leurs couleurs traduisent parfaitement bien les hiérarchies sociales qui étaient très visuelles à cette époque.
Miloš Forman nous propose ici une mise en scène très maîtrisée. À certains moments, elle est très calme, les plans sont longs et la caméra est discrète. Cela renforce la sensation d’intimité, on rentre dans les pensées de Salieri (qui pense à Mozart) de façon très invasive mais discrète. À l’inverse, les scènes d’opéra sont filmées comme des performances vivantes, la caméra s’agite en même temps que la musique.
En parlant de musique, elle joue un rôle central dans cette histoire. Le film utilise exclusivement la musique de Mozart, ce qui est assez logique. Ce qui fait de cela une réussite est la manière dont elle est utilisée. Le Requiem, Don Giovanni ou encore Les Noces de Figaro ne sont pas seulement là pour décorer le film, ils permettent de comprendre et de ressentir l’état psychologique des personnages. La musique est également utilisée comme outil scénaristique, elle nous révèle des choses. Par exemple, lorsque Salieri découvre les partitions de Mozart, la caméra s’attarde sur les notes pendant que la musique surgit progressivement. Ainsi, cela nous traduit ce que Salieri lit.
Pour ce qui concerne la narration, elle est très intéressante et originale. Le récit adopte une structure en confession : Salieri, interné, raconte son histoire avec Mozart à un prêtre. Le narrateur est donc non fiable, tout est filtré par son point de vue. Ainsi, nous ne sommes pas sûrs que l’histoire soit historiquement exacte, nous connaissons uniquement la vérité de Salieri. Le scénario adopte une structure évolutive, cela permet une montée dramatique longue mais constante.
En conclusion, je voulais vous parler du jeu des acteurs. Tom Hulce, qui interprète Mozart, joue parfaitement bien le génie. Mozart devient un paradoxe vivant, il a un rire vulgaire et enfantin, il a une posture corporelle très libérée (limite désinvolte) mais lorsque qu'il est face à la musique, il exprime une concentration extrême. Pour Salieri, c’est F. Murray Abraham qui s’y colle, il nous offre une interprétation tragique. Il jongle entre homme pieux, mesuré, respecté en public et être rongé par la jalousie en privée. Il joue énormément sur le regard et la voix. La narration en voix off crée une proximité troublante avec lui, nous devenons les confidents de sa chute. La dynamique entre les deux personnages fonctionne comme un duel psychologique permanent. Même lorsqu’ils ne partagent pas l’écran, Salieri est constamment perturbé par Mozart.