Sixième long-métrage de l'espagnol Fernando León de Aranoa, Amador est en fait le prénom d'un vieil homme dont Marcela, le personnage central et l'héroïne, accepte de s'occuper pour subvenir aux besoins du couple qu'elle forme avec Nelson. Parce que Marcela et Nelson sont péruviens, on ne saisit pas immédiatement que l'histoire se situe dans les faubourgs madrilènes où le couple émigré tente de survivre, lui en chapardant et revendant des roses, elle, donc, en devenant la garde-malade d'Amador, taiseux et d'abord hostile avant de nouer une tendre complicité avec la réservée Marcela.

Néanmoins, le film que l'on pouvait craindre prévisible ne va cesser de surprendre, d'être relancé jusqu'à son terme par des événements aux conséquences inattendues, qui mettront à jour la personnalité étrange et complexe de Marcela, faite à la fois de dissimulation, de piété, de pragmatisme et d'une torpeur trompeuse. Un mélange qui rend ainsi la jeune fille opaque et captivante. Ancré dans la réalité sociale, comme l'avait été un des précédents opus du cinéaste, Les Lundis au soleil, la chronique d'un groupe d'hommes au chômage depuis la fermeture du chantier naval qui les employait, le film adopte un rythme lent et distille une tension sourde qui gonfle peu à peu. Le motif du morcellement et du puzzle revient à plusieurs reprises : le tableau d'un immense ciel nuageux dont Amador assemble les pièces avec peine, les fragments d'une lettre déchirée ou encore les morceaux d'une photo lourde de révélations. Il est bien sûr la métaphore d'une vie écartelée et insatisfaisante pour Marcela, soumise aux décisions irréfléchies de Nelson, comme l'achat incongru d'un énorme réfrigérateur servant à entreposer les bouquets de roses. L'actrice péruvienne Magaly Solier, par ailleurs chanteuse dans son pays, interprète avec retenue et douleur intériorisée la jeune femme triste, pressentant que son avenir est en train de se jouer et qu'il sera associé à la rupture et à un nouveau départ. À la fois drame social et sorte de suspense macabre, Amador se révèle une œuvre déroutante et généreuse, qui parvient à éviter le misérabilisme et peint en creux le portrait d'une nation en crise, réduite à de terribles décisions que le réalisateur se refuse à pourfendre ou ridiculiser. La douceur et l'empathie du regard sortent par le haut Amador.
PatrickBraganti
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le 30 mars 2012

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