Cet objet expérimental d’une grande inventivité visuelle rend un hommage au giallo en distordant tous ses codes. Gros plans, filtres de couleurs, syncope du rythme se succèdent escortés par une musique anxiogène. La fétichisation du corps, l’érotisme sado maso, la quasi absence de paroles, le voyeurisme renforcent l’inquiétante étrangeté. Dès le début, l’ambiance ésotérique du décor annonce traumas et obsessions féminines qui se déclineront en trois époques. Lancinants, des thèmes reviennent : le sexe morbide, la violence, la putréfaction du corps, les lames, le cuir, le regard... Enfant, adolescente et adulte, sans cesse entre le désir et la terreur, Ana est-elle une névrosée, hantée par des souvenirs traumatiques et sa confrontation à la sexualité ou est-elle psychotique lorsqu’elle nous embarque dans des scènes sensorielles, assez délirantes? Une autre figure féminine inquiétante surgit sans cesse dans l’histoire : celle de la mère. Tout à la fois figure identificatoire et rivale. Amer se termine dans une lumière bleutée crépusculaire mystérieuse et angoissante.