En filmant Seligman, Arizona, comme une relique mélancolique peuplée de laissés-pour-compte attachants, Drexel risque de transformer la violence systémique du capitalisme américain en une simple fresque contemplative et poétique. La critique porterait sur ce regard quasi anthropologique qui, en s'attardant sur la solitude et la nostalgie du « rêve américain », tend à dépolitiser la misère : on y voit les conséquences du néolibéralisme et du déclassement, mais le film semble se satisfaire de l'empathie là où il faudrait une analyse des rapports de force et une mise en accusation des structures qui ont produit ce désert. En somme, c’est une œuvre qui regarde le monde s’effondrer avec une élégance un peu trop confortable, remplaçant la colère sociale par une form de résignation esthétique.