George Lucas a eu une vie avant Star Wars, quand on regarde American Graffiti on en est nostalgique. Il est incroyable de constater qu'avant de s'enfermer dans une franchise/saga, avant de se rendre compte que producteur pouvait rapporter beaucoup plus de dollars que simple réalisateur, George Lucas a été capable de signer des films d'une telle qualité. On en arriverait presque à souhaiter que Star wars n'aie jamais vu le jour, juste histoire de voir ce qu'il aurait pu réaliser ensuite.

American Graffiti est donc le dernier film que Lucas réalisera avant de ne se consacrer qu'à sa saga. Les regrets et la nostalgie sont omniprésents dans cette œuvre, par les sentiments qu'ils décrivent et suscitent chez le spectateur. Regrets et nostalgie de se dire que Lucas ne reviendra probablement jamais à ce genre de cinéma, soit qu'il en est incapable, soit qu'il n'en a aucune envie.

La nostalgie est le fil conducteur tout du long, Lucas revient sur une époque rêvée, fantasmée des États-Unis, celle d'une jeunesse insouciante, des débuts du rock 'n' roll, des relations sociales probablement moins codifiées et plus franches qu'aujourd'hui. Il nous invite à suivre une bande de potes lors de leur dernière nuit avant leur départ pour l'université, une nuit faite de drague, de disputes, de réconciliation, de frime, de gomina, de gangs de salles gosses aux menus larcins, de musique rock (quelle B.O.!!!), de grosses voitures customisées aux peintures rutilantes.

L'effet est incroyable, Lucas a tout compris de cette époque idéalisée, la scène d'ouverture prend place au Mels drive-in, néons fluorescents, grosses Cadillac, la musique démarre et nous voilà pris au piège, emportés dans un flot musical et visuel qui transpire la joie de vivre. Tout y passe, les tubes de l'époque devenus depuis universels, les blousons en cuirs, les chaussettes blanches sous des jeans trop courts, des tentatives de tripotage sur la banquette au bord du canal. C'est une jeunesse dorée qu'on nous montre, de celles qui ne se posent pas de questions sur le lendemain parce-qu'elle n'en ont aucune raison.

Il n'y a pas vraiment de trame narrative, pas vraiment de fil conducteur, ce film est une atmosphère, un parfum, un mystère. Les images, les sons, les péripéthies qui le jalonnent se suffisent à eux-mêmes et n'ont pas à être justifiés. S'il arrive qu'on décroche un peu par ennui, on revient vite dans le film, simplement parce-qu'on en veut encore de ce parfum, de cette ambiance dans laquelle on se verrait bien vivre.

Un trio d'acteurs à savoir Richard Dreyfuss, Ron Howard et Harrison Ford, tous des gamins, apportent la sublimation dont le film avait besoin pour qu'on s'identifie tout de suite à ces trois mômes à la tête remplie de rêves de bonheur. Lucas les filme si bien qu'on imagine qu'il est sorti du ventre de sa mère caméra au poing. Certains plans sont stupéfiants de beauté et de justesse et justifieraient à eux seuls une exposition photos.

Voir American Graffiti, c'est voir le plaisir fait film, c'est prendre le risque de trouver plus de saveur dans cette époque que dans la nôtre, c'est comparer ces couleurs si présentent à cette époque avec notre société si terne aujourd'hui. Mais c'est aussi sourire devant toutes ces espérances, ce passage à l'âge adulte, ces amours simples et spontanées, ces coups de foudre qui ne s'expliquent pas. American Graffiti est un film magnifique et plein de chaleur comunicative, passer à côté serait passer à côté de l'anxiolytique le moins cher et le moins agressif de l'histoire de la médecine. Il a été à l'origine de la série Happy Days, rien de surprenant.
Jambalaya
8
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le 19 févr. 2013

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Jambalaya

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