J'ai l'impression que ce film est une métaphore des mécanismes capitalistes. Des hommes blancs qui possèdent le pouvoir tuent des êtres marginalisés et plus bas hiérarchiquement dans la société (femmes, sdf noir, même enfant dans le livre). Le capitalisme tue de la même manière que Bateman : c'est visible, il y a des preuves partout, des traces de sang dans le hall, des corps dans l'appartement de Allen, des messages sur le répondeur avec sa voix, mais personne ne veut voir toutes ces preuves et tout le monde arrange la réalité pour qu'elle soit aussi lisse que possible, tout comme l'appartement de Allen est repeint totalement en blanc après avoir été le lieu de tous ces massacres. Il faut repeindre toute la réalité pour qu'elle ne choque pas, qu'elle soit bien lisse et blanche malgré tous les morts, malgré toute l'horreur. L'agent immobilier dit bien à Bateman "il n'y a aucune nouvelle dans le Times", les pots de peinture sont partout bien présent dans l'appartement et bien mis en évidence.
Le capitalisme tue ces gens dans le silence, dans l'effacement de leur mémoire et de leur existence, dans l'impossibilité de nommer un coupable, de pointer un individu. Bateman n'est qu'une incarnation de cette dynamique meurtriere à l'oeuvre dans ce système capitalisme, il est un agent de ce rouage meurtrier. Ceux qui tuent se ressemblent (même habits, même mode de vie, même langage), on confond Bateman à plusieurs reprise avec d'autres hommes qui lui ressemblent (davis? Marcus?) , on sait à peine qui il est, il est alterchangeable, indiférencié. Ses victimes femmes sont toute blondes, on arrive à peine à différencier physiquement Courtney, de Cecilia, de Christie, de la mannequin dans la boite de nuit, de toute ses victimes. Le coupable a le physique de tous les gens de sa caste, les victimes ont toute le physique des gens de leur caste. Le physique est lié à la place que l'individu a dans la société, les individus ne sont pas reconnaissable en tant qu'individus dans ce film mais en tant que dominants ou dominés. Ceux qui peuvent se payer des costumes valentino sont des les dominants, ceux qui ne le peuvent pas sont les dominés et donc les victimes de ces mêmes dominants.
Le film dépeint une société où tout est bien agencé pour que des gens tuent et que d'autres soient tués et que rien ni personne ne puisse arrêter cette dynamique meurtrière parce que ni les victimes ni les coupables ne sont reconnaissables, ils sont tous et toutes personne : bateman le répète à plusieurs reprises, il n'est personne et il nomme les escort girl qu'il tue par un prénom au pif à chaque fois (Christie, sabrina..) , il n'y a donc rien à tirer d'un individu dans cette dynamique meurtrière (cf le monologue de fin de Bateman "ce témoignage ne signifie rien"), le centre de la critique sociale du film ne se situe pas dans l'individu qu'il est, ni dans aucun individu mais dans le système qu'il fait vivre à travers lui et dont il ne peut s'échapper (cf le panneau derrière lui dans la dernière séquence où il est écrit "there is no exit").
A plusieurs reprises il dit qu'il ne peut pas se contrôler, qu'il n'arrivera pas à se contrôler comme s'il était mu par une force hors de son contrôle, lui qui pourtant fait tout pour que tout soit sous contrôle ( agenda et horaires précises, rituels hygienistes très rigoureux...). C'est tout le paradoxe du capitalisme qu'il incarne, un contrôle inhumain sur soi même et sur les autres couplé à un chaos (la fameuse main invisible de l'économie) qu'il faut accepter et auquel se soumettre sans en connaitre ni la nature ni le fonctionnement. Les seules fois où il sort de cette dynamique meurtrière, c'est face à l'homosexuel Luis et à sa secrétaire Jean. Le premier parce qu'il est hors cadre, hors système, il est une anomalie du système bien huilé de son monde où les hommes dominent les femmes et c'est ainsi (cf la conversation juste avant cette scène entre les hommes qui expliquent que les femmes n'ont pas à etre intéressantes mais simplement avoir de belles formes) et la deuxième, Jean, parce qu'elle est la seule qui le voit et tente de s'intéresser à lui pour ce qu'il est, et elle devient une deuxième anomalie dans un monde où personne ne doit réellement chercher à se connaitre pour que le système fonctionne. Et je dirais qu'il y a une troisième anomalie systèmique dans le film, c'est quand il tente d'avouer tout, à ce moment là, on voit son vrai visage fou et son humanité physique (cheveux décoiffés, sa sueur, ses tremblements, son physique n'est absolument plus sous contrôle) , il n'est pas censé faire ça et l'avocat le rappelle à l'ordre avec la nouvelle réalité qui a été réecrite (Allen est à Londres, tout a été mis sous le tapis) dans ce monde on expose pas la vérité, on laisse couler le chaos qui sera bien repeint en blanc bien lisse, on reprend un visage impassible en buvant un verre de whisky comme si jamais rien de tout cela ne s'était passé, on laisse le flou exister jusqu'à qu'il n'y ait plus personne pour se rappeler de pourquoi on a pu douté à un moment, c'est l'histoire de la domination humaine, les dominants réecrivent l'histoire et omettent tous leur crimes, jusqu'à que même eux ne savent plus vraiment si cela s'est passé ou non.