Dans les titres des films de Philippe Faucon, jusqu'alors, c'était les prénoms féminins qui étaient mis en avant : Sabine, Samia, Fatima. Amin, lui, est bien un portrait d'homme, immigré en France et qui ne voit plus qu'épisodiquement sa famille au Sénégal. La manière du réalisateur est connue, elle reste ici feutrée et épurée, faisant passer quelques messages essentiels sur le statut de ces hommes solitaires et souvent exploités venus gagner leur pain loin des leurs. Seulement, la romance entre les personnages joués avec talent par Moustapha Mbengue et Emmanuelle Devos ne pouvait pas à elle seule nourrir l'ensemble d'un long-métrage et Faucon l'a intégré à un tableau plus vaste qui passe aussi par l'Afrique, ce sont les meilleures scènes du film, et par la vie d'une femme séparée avec enfant, qui donne les moments les plus anodins d'Amin. La mise en scène du cinéaste se contente d'enregistrer sans jamais véritablement chercher à faire naître l'émotion. C'est une preuve de modestie que l'on retrouve assez souvent chez Faucon qui semble fuir le romanesque pour se réfugier dans une sorte de tonalité documentaire, pas désagréable et très digne mais guère susceptible de provoquer un élan d'enthousiasme.