Il y a d'indéniables moments de bravoure dans ce film : la première demie heure, intégralement en Mandé et Espagnol, le "passage du milieu" montré avec une précision quasi-didactique et édifiante, le jeu archi-corporel de Djimon Honsou.
Puis il y a le procedural. Freeman en haut de forme, McCo avec des bouclettes et des rouflaquettes, Hopkins en transformisme option John Quincy Adams et un ensemble archi-verbeux débattant de si ces mutins sont nés esclaves ou libres. Quand bien même c'est cette question qui obsède le film (et le procès de La Amistad, à vrai dire), on essaie de nous faire passer que ce procès a été une étape déterminante dans l'émancipation des noirs d'une Amérique toujours esclavagiste. Alors que, et les termes du procès tels que repris dans le film sont limpides à ce sujet : ce n'est pas l'institution servile ou sa raison d'être qui sont questionnés, mais le respect du droit international - lequel avait interdit la Traite atlantique quelques années plus tôt. Le tout pris dans une lutte sectionnelle qui ne fait que s'amplifier dans la jeune république états-unienne et dans des débats sur la séparation des pouvoirs telle que voulue par la Constitution.
Bon, c'est un peu technique tout ça, mais le film emmène le spectateur dans cette direction - et le perd en chemin. Il en ressort un ensemble bavard, souvent confus et surtout reléguant ces révoltés mandé au rang de toile de fond. Paradoxalement, la demie heure de début dans ces deux langues que je ne comprend pas m'a parue bien plus limpide que ces deux heures en anglais dans le texte et pourtant imbitables. A tel point que je me demande comment on peut comprendre quelque chose à tout cela sans avoir fait 10 ans d'études américanistes, alors que le parcours d'hommes capturés, forcés en esclavage, traités comme du bétail puis conquérant à nouveau leur liberté aurait pu toucher à l'universel.