Amour d’Haneke : une claque réaliste en plein visage
Alors que les cinémas pullulent de daubes sans nom, de films toujours plus prévisibles, de blockbusters qui nous répètent à chaque fois la même rengaine, le réalisateur autrichien Michael Haneke vient jeter un pavé dans la mare. Son dernier film, Amour, est un véritable ovni dans le paysage cinématographique actuel. Un paysage trop facilement dominé par les codes hollywoodiens. Un nouveau chef-d’œuvre? Oui, peut-être. Dans tous les cas, Amour est un film qui marque, et ce indépendamment de sa palme d’Or à Cannes.
Amour, ce n’est pas vraiment un film à l’eau de rose. Comme son nom ne l’indique a priori pas, Amour parle de vieillesse, de maladie. Beaucoup penseront alors : « Quelle idée d’aller voir ça. C’est déprimant ! ». Et pourtant, comme disait un certain Georges Dor : « Au-delà de l’extrême tristesse se trouve la joie parfaite ».
Ils sont deux. Ils sont en couple. Ils sont âgés. Ils font partie de ce que l’on appelle poliment le troisième âge, ou ils sont au crépuscule de leur vie. Bref, Anne et Georges sont vieux. A bas le politiquement correct et ses euphémismes hypocrites ! Dans Amour, un réalisme des plus crus nous est lancé en pleine figure. Sans retenue. Sans pudeur. Sans tabou. Un réalisme sincère, juste, sans fausse note. Un réalisme qui fait souvent défaut aujourd’hui dans les salles obscures.
Interprétés par la douce Emmanuelle Riva et le torturé Jean-Louis Trintignant, Anne et Georges sont spectateurs. Ils assistent à un concert, visiblement heureux dans leur grand fauteuil rouge. Voilà une des premières scènes du film. Une scène d’ailleurs étonnante par son caractère de mise en abyme. Ils auraient bien pu être au cinéma, comme nous. On est eux, ils sont nous. La fiction rattrape la réalité. L’identification à ces personnages ferait presque peur. Mais trop tard, le film a déjà commencé.
Très vite, c’est en huis-clos qu’on les retrouve. Chez eux. En quasi autarcie devrait-on dire. Un immense appartement parisien, de hautes étagères remplies de livres et de bibelots, de vieux fauteuils kaki, des tapisseries d’un autre temps, un piano à queue : l’atmosphère est pesante, presque étouffante. Les accidents vasculaires à répétition dont Anne est victime ne font qu’ajouter une couche à cette lourdeur.
Anne décrépit sous les yeux de son mari, jusqu’au délire, jusqu’à l’agonie. Malaise dans la salle. Michael Haneke est un de ces rares réalisateurs qui ne nous prend pas pour des « cons » : son cinéma raconte la vie, sans prétention aucune. La vieillesse, la maladie, la mort, on le sait, en font tout simplement partie. Amour, c’est une thérapie par le choc indispensable à une prise de conscience. Même si Haneke nous montre a priori une vérité qui dérange, une réalité taboue, il propose sur le fonds une réflexion. Plus qu’une réflexion : un hymne. Un hymne à la vie. Un hymne à l’amour de la vie. Profitons tant qu’il est encore temps. Carpe Diem.
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