Angel-A : Retour difficile de Besson en tant que réalisateur

Après avoir atteint les sommets de sa renommée dans les années 90, le passage aux années 2000 en tant réalisateur fut très compliqué pour Besson car sa Jeanne d’Arc n’a clairement pas fait l’unanimité autant près du public que de la critique. Suite à ce revers, il se concentra davantage sur le développement de sa maison de production EuropaCorp. Tout le monde pensait qu’il s’était perdu dans ses nombreux projets de film d’action, de comédie et parfois de genre (Haute Tension que je sauverai tout de même) dont la qualité était souvent discutable. Mozinor l’a d’ailleurs bien décrit dans sa parodie. Alors que sa production Trois enterrements était plutôt bien accueillie en 2005, la sortie d’Angel-A n’a pas suscité le même émoi, en sortant au moment des vacances de noël et en proposant sa version très personnelle de la vie est belle (Celle de Capra). Malgré l’ambition du projet de proposer un équivalent français, le résultat est assez déroutant.


Il n’y a aucun doute, on est bien dans l’univers Bessonien avec André, un homme se retrouvant en difficulté dans une société où il ne trouve pas sa véritable place comme dans Subway, Le Grand Bleu. En choisissant Jamel Debbouze pour le rôle principal, Besson décide de casser l’hégémonie du héros (ou antihéros) blanc de sa filmographie mais aussi du cinéma français, tout en montrant une autre facette de cet acteur connu en tant qu’humoriste. Son personnage va être aidé par une femme, Angel-a (Rie Rasmussen), de type de l’est avec une coupe au carré, avec un accent très prononcé. Non, ce n’est pas un copier-coller de Leeloo du Cinquième Elément car elle n’a pas la même couleur de cheveux (blond) et porte une mini-jupe noire très moulante. Elle dit "Ok" et fume des cigarettes comme Matilda dans Léon. Son type vestimentaire de «pétasse» (elle se définit elle-même comme cela) contraste avec l’image de ce qu’elle représente réellement donnant une vulgarité à son personnage. Cela suscite une certaine antipathie ou méfiance du spectateur envers elle pendant une bonne partie du film pour qu’on adopte clairement le point de vue de André, dès le départ. Ce dernier va devoir affronter des caïds locaux, à la limite de la caricature, interprétés par Gilbert Melki et Serge Riaboukine. L’histoire se concentre davantage sur l’évolution interne du personnage principal que sur l’enchaînement des péripéties pour qu’il retrouve le goût du vrai, de la vie, au lieu de s’enferrer dans le mensonge et l’illusion.


Comme dans La vie est belle, Angel-A est tourné en noir et blanc pour rester fidèle à son modèle et à une certaine idée du cinéma : celle de faire ressentir des émotions à travers la mise en scène et la photographie travaillées. Ce choix est également un retour aux sources pour Besson faisant référence sans le citer à son premier film : Le dernier Combat. Je trouve qu’il s’inspire aussi des « ailes du désir » de Wim Wenders en reprenant certains aspects. Après avoir découvert Paris avec un filtre Jaune Vert chez Jean Pierre Jeunet, Besson nous propose de redécouvrir Paris dont la cathédrale Notre dame de Paris, en Noir et Blanc. Ce patchwork cinématographique laisse une forte impression de déjà-vu. Et cela, malgré une prestation honorable de Jamel, notamment lors de la scène primordiale devant un miroir. Heureusement, le personnage ambivalent d'Angela prend un peu d’épaisseur vers la fin, bien que son secret soit vite découvert par le spectateur, à cause d’indices trop visibles à l’écran. J’ai trouvé son jeu d’actrice assez catastrophique. Je ne dois pas être le seul à le penser parce que depuis elle a disparu des écrans.


Comme souvent chez Besson, l’homme finit par prendre conscience de ses qualités, de son potentiel, de son but (et accessoirement de ses défauts) grâce à sa relation avec une femme. Etonnamment, j’en ressors avec la réflexion suivante après vu la scène finale : à trop aider certaines personnes, on peut se perdre soi-même et être prisonnier du regard ou de l’amour de l’autre ne pouvant exister sans celui (ou celle) lui ayant montré sa véritable personnalité et sa voie pour vivre pleinement son existence.


Angel-A reste un film mineur en termes d’impact sur le public et la critique, montrant les limites scénaristiques (hommages, références, reprise d'éléments à d'autres films) de son auteur l’empêchant de se renouveler réellement d’un film à l’autre et de surprendre durablement son public. Même pour ses fans. A partir de là, on entre vraiment dans le ventre mou et dispensable de la filmographie de Besson. J’avoue avoir mis du temps pour le visionner car le sujet ne m’inspirait pas vraiment. Prochainement, je dois aborder, non sans une certaine réticence, la trilogie familiale d’Arthur et les Minimoys…

Hawk
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le 26 juin 2021

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