Dès les premières minutes d’Angèle, il y a cette agréable impression familière de plonger dans le Sud de Pagnol, celui où l’accent chante, où les fadas et les peuchère donnent autant de couleur au récit qu’aux collines en arrière-plan.
J’ai trouvé que Pagnol racontait ici un mélodrame simple mais profondément humain : une histoire de campagne et de ville, de traditions et de tentations, où chaque lieu semble chargé d’une symbolique. La campagne, c’est la simplicité, la morale, la bienveillance ; la ville, c’est la tentation, la noirceur, la perte. Ce jeu d’opposition traverse tout le film, jusque dans les personnages, tous un peu bancals, touchants, égoïstes parfois, mais toujours profondément humains.
Ce que j’aime chez Pagnol, c’est cette capacité à traiter de thèmes lourds : la honte, le déshonneur, les conventions sociales, la perte des illusions, le pardon, mais sans jamais verser dans le pathos. Il garde toujours ce regard plein de tendresse, d’humanité et d’indulgence envers ses personnages.
Pagnol joue avec le rythme, le découpage, les transitions, il alterne sans effort entre les moments légers (les balades, géniales, de Saturnin en ville !) et les instants de pure tragédie, comme cette scène d’inondation où tout se joue dans le silence. Il a aussi compris qu'un simple regard pouvant en dire bien plus que n'importe quelle tirade. Même dans les passages sombres, l’atmosphère garde une légèreté champêtre, presque poétique. La photographie rend magnifiquement hommage à la Provence : on sent le vent, la poussière, la chaleur, tout ce qui fait la beauté de ce monde rural.
Et puis, bien sûr, Fernandel. En Saturnin, il est irrésistible : drôle, naturel, sincère. Il incarne à merveille cet esprit pagnolesque, entre comique et tendresse, toujours un peu naïf mais profondément bon. Édouard Delmont, aussi, est impressionnant, en ouvrier agricole, à la fois en avance et dépassé par les évènements.
Au final, Angèle est vraiment touchant. C’est un film à la fois drôle et tragique, réaliste et poétique, qui raconte la vie avec simplicité et humanité. Pagnol y signe un portrait d’une rare justesse de la société rurale provençale, entre beauté et contradictions, un cinéma du cœur, sincère et émouvant.