Animale
6.1
Animale

Film de Emma Benestan (2024)

Avec «Animale», la réalisatrice Emma Benestan se lance dans un quasi-western féministe teinté de fantastique. Nous sommes au départ immergés au sein d’une communauté singulière, les éleveurs de chevaux de la Camargue. On découvre le monde des taureaux, aux meuglements sauvages dont les souffles furieux emplissent l’écran et qui chargent dans la poussière. La cinéaste franco-algérienne plonge son héroïne - une jeune femme ayant du mal à s’imposer dans le milieu ultra-masculin de la course camarguaise - dans une quête du soi aussi solaire que sombre.


Dans ce contexte entouré d’hommes, le personnage de Nejma ne peut jamais baisser la garde, elle doit faire ses preuves deux fois plus que les autres, elle est constamment moquée, conspuée de par son statut de femme. Elle se prend un méchant «c’était bien pour une fille» lors de sa première course. Elle n’est pas beaucoup aidée dès lors qu’il faut nettoyer. Le film est le fruit d’une tendance forte de ces dernières années : une histoire qu’on soupçonne à bride abattue de l’ordre du #metoo...


Emma Benestan dénonce donc certains comportements de milieux masculins (la scène par exemple du dîner avec les gros plans sur la mastication de la viande est assez parlante), mais là où la cinéaste excelle c’est quand son récit anthropologique se transforme en thriller tendu, d’autant que assez rapidement beaucoup de scènes cohabitent avec quelques incursions body-horror-soft vraiment bien dosées. Nul doute que dans sa façon d’illustrer l’expression «reprendre du poil de la bête» face au patriarcat et de dénoncer certains comportements masculinistes, «Animale» devrait toucher celles et ceux qui mettent - dont je suis - la maltraitance des femmes aux premiers rangs de leurs préoccupations.


Il y a à la base de «Animale» de nombreuses bonnes intentions, mais le film n’échappe pas à quelques (petits) défauts : 1/ Les scènes de transformation ne sont pas toutes réussies (on pense parfois à du sous Rick Baker) 2/ Certains mécanismes narratifs autour de la traque de l’animal sont émoussés depuis 1 254 839 de films. Certes, on ne s’ennuie pas vraiment mais rien ne justifiait une recrudescence aussi délirante de jumpscares un peu faisandés 3/ Emma Benestan multiplie à qui mieux mieux (un peu trop ?) les tableaux d’envoûtantes images de nature. En s’attardant ainsi sur son ambiance, le deuxième acte perd un peu de son énergie et de son côté thriller.


Mais bon, rien de grave, même si le film fonctionne sur une trame de slasher ultra-classique (avec notamment une longue scène d’exposition + déchaînement de violence sur une ossature linéaire + révélation du twist ending), ce conte horrifique impressionne par sa capacité à mêler film de genre, chronique sociale et sujet de société post-#Metoo. Je trouve que le film opère assez habilement cette fusion entre terrible drame et détour fantastique.


Mais les vraies stars du film, ce sont les taureaux ! Il faut voir comment Emma Benestan filme ces créatures aussi envoûtantes que menaçantes ! J’ai a-do-ré aussi la manière dont les ténèbres obscurcissent cette Camargue poétiquement magnifiée par la photographie de Ruben Impens (les scènes de nuit sont hallucinantes!!!). Quelle réussite visuelle !


Le film recèle bien d’autres dimensions : la transformation comme moyen d’auto-justice, l’allégorie de l’animal qui n’attaque que pour se défendre, la comparaison des comportements des hommes moins dignes que les bêtes,... Mais je ne veux surtout pas spoiler !


Même si «Animale» est un film éprouvant, ça fait quand même du bien de voir cette héroïne prendre ce patriarcat plésiomorphe par les cornes ! Certes, «Animale» ne réitère pas l’insolente magie de «Le Règne animal» de Thomas Cailley (mon film 2023 en haut du classement), mais je ne peux que vous conseiller de soutenir ce film qui combine fantastique à la française, récit trépident et drame intime !


Maxime-Beaulieu
8
Écrit par

Créée

le 2 mai 2026

Critique lue 3 fois

Maxime-Beaulieu

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