Les rafles de l'ICE
Ben Affleck s'approprie tout ce qui passe à sa portée : le rôle promis à Matt Damon, l'intrigue d'Akira Kurosawa et, à l'écran, le travail d'autres. Produit pour Netflix par Artists Equity, la société des deux amis, Animals sort quelques mois après qu'il a vendu à la plateforme sa start-up d'intelligence artificielle, qu'il reconnaît avoir mise à profit en postproduction. L'enfant du pauvre enlevé à la place de celui du riche vient tout droit d'Entre le ciel et l'enfer, recasé dans une campagne municipale de Los Angeles un soir d'Halloween, veille du scrutin. Affleck jure n'avoir jamais vu le film. Le larcin n'a même pas l'excuse de l'audace ou de la vérité.
En plus de cela, on n'y sent jamais le moindre danger. Des visages en gros plan hurlent dans des téléphones, la caméra passe de l'un à l'autre en panoramiques filés, et ce tournis tient lieu de suspense. Une seule scène y échappe : l'appel du ravisseur, filmé en un plan-séquence de près de quatre minutes à travers la maison. Pour une fois, Affleck laisse durer l'image. La menace se réduit à une voix qui rôde dans une demeure hypothéquée pour payer les spots de campagne, et l'on aperçoit, presque, l'ombre d'un thriller.
Le film l'oublie aussitôt. La fixeuse présente son catalogue : la police, la rançon, ou l'exécution des ravisseurs, facturée double. Mark choisit l'exécution au téléphone, pendant qu'elle enregistre. Chez Kurosawa, payer ruinait son personnage. Ici, un tireur loué sauve l'enfant, Mark ne débourse pas un dollar, et la fusillade lui épargne d'avoir à choisir. Gillian Anderson, glaciale, prête sa diction à un stéréotype qui n'existe que pour chiffrer le meurtre et réciter le titre "les humains seraient des animaux qui se racontent des histoires". Réécrit jusqu'à l'os, le scénario a perdu en route son thème, ses personnages et sa tension.
Reste un récit anémique, que le mélodrame regonfle à la créatine à heures fixes, et qui prétend par-dessus le marché traiter de politique, de lutte des classes et d'immigration. Le dénouement tourne à la honte. Dans le lit du fleuve, c'est le mexicain qui abat le dernier ravisseur, hors champ. Le cadre garde Mark couché contre l'enfant, dans une pose d'affiche électorale. L'échange de héros dont se vante Affleck se réduit à un bruit de détonation. Pire, Mark empoche le tir. Ramon remercie son sauveur devant les micros.
La fin continue d'empiler les décisions tirées par les cheveux, du nettoyage des corps, au survol de Los Angeles généré par l'IA, en passant par une réécriture des faits que nul ne conteste, puis vire à la fantaisie rassurante. Élu grâce à une poussée du vote latino, Mark explique à Gayle King, dernier affront, que tuer fut plus simple que prévu, et un raccord nous ramène au cadavre de Gillian Anderson, délesté de son téléphone et de son argent. Ainsi Mark garde la mairie, sa femme, les preuves, et lorgne déjà la présidence ; Ramon rentre au Mexique avec les liasses de la morte. Les seuls personnages mexicains (dont la femme est d'ailleurs femme de ménage) finissent ainsi par cautionner le mensonge qui les efface. Pendant le tournage, raconte Affleck, les rafles de l'ICE lui fermaient des décors. Sa fiction sert à l'abonné progressiste la version présentable de ces rafles, une expulsion à l'amiable, défrayée, filmée comme un adieu mélancolique.
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il y a 1 jour
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il y a 1 jour
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