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Tout à paître
Anna, c'est le portrait d'une jeune femme sarde, fière et farouche, qui vit de la vente de ses fromages de chèvre et qui n'en a rien à paître, si l'on ose dire, de ce que l'on peut bien raconter sur...
le 2 nov. 2023
C'est d'abord dans un fait divers improbable, la lutte judiciaire d'un vieux fermier sarde pour préserver ses terres de l'appropriation par un grand groupe immobilier, mais aussi de sa rencontre avec une éleveuse de chèvres au nord de Rome que se sont dessinées les sources d'inspirations d'"Anna" dans l'esprit de Marco Amenta, cinéaste sicilien rompu à l'origine à l'exercice du documentaire âpre, s'attachant à décliner les rouages mafieux.
Dès les premiers plans, le récit diffuse une forme d'hésitation (peut-être volontaire) dans le choix du traitement, œuvrant à la fois dans la rugosité, lorsqu'il définit le caractère d'Anna, éleveuse de brebis solitaire au cœur de la garrigue, jeune femme spontanée mais brute dans son rapport aux autres; mais également dans une dynamique plus aimable, porteuse d'espoirs de justice, lorsqu'il décrit un combat à la symbolique quasi légendaire, allégorie de la lutte de David contre le géant Goliath, incarné ici par une sorte de cerbère, alliance malfaisante entre une administration cadastrale expéditive, et un conglomérat hôtelier franco italien déterminé à édifier un fastueux complexe touristique.
"Anna", (le film) étend son idée et ses concepts bien au delà de la dépossession, peignant avec une amertume élégiaque, l'agonie d'une lande encore sauvage, éventrée par les pelles métalliques grondant même la nuit sous l'aveuglante lumière de puissants projecteurs qui privent de sommeil une bergère désorientée, hébétée mais résolue à ne pas renoncer au combat. La jeune femme aidée par un avocat malhabile et convaincu de l'impossibilité de la victoire dans une société de droit, où un simple accord verbal non corroboré par un titre de propriété ne peut convaincre un juge, se confronte également à la disparition d'une civilisation , où la parole donnée prévalait sur des écrits que tous ne savaient déchiffrer, et au mutisme cruel des anciens, animés pour certains par des rancœurs ancestrales (et le fait qu'une femme s'immisce dans un monde d'hommes) et qui se refusent à témoigner en sa faveur.
Soulignant son propos par des choix cinématographiques assumés et maitrisés (caméra portée, plans séquences), Marco Amenta installe une esthétique et une ambiance singulières, propres habituellement aux thrillers voire aux films fantastiques (l'éclairage nocturne oppressant occasionne une perte de repères, renforcée à l'irruption des machines dans un univers paisible), mais construit subtilement en arrière-plan, presqu'incidemment, un récit d'une belle humanité, dévoilant par petites touches le passé et les fissures d'Anna, et par la même une vie de femme , de souffrances qui expliquent les aspérités d'un tempérament. Anna devient peu à peu attachante, à l'image d'une œuvre imparfaite, hermétique en son début qui s'adoucit peu à peu mais qui probablement laissera un souvenir durable.
Créée
le 1 avr. 2025
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