Anna Halprin : Le souffle de la danse par Patrick Braganti
Je ne connaissais pas cette danseuse chorégraphe, pionnière américaine de la danse outre-Atlantique, âgée aujourd'hui de 92 ans, moins célèbres que ses collègues Merce Cunningham ou Pina Bausch. Celle qui qualifie la danse comme un souffle rendu visible, qui aime par-dessus tout danser dans la nature se révèle une femme exceptionnelle tant elle a réfléchi avec intelligence et clairvoyance à son art qu'elle a surtout envisagé comme moyen de se transformer et de pouvoir guérir à tous les âges de la vie. Une théorie qu'elle a mise en application sur son propre corps puisqu'elle fut atteinte d'un cancer. Elle déclare d'ailleurs à ce sujet qu'avant sa maladie, elle vivait pour l'art et que depuis l'art est devenu sa raison de vivre. Engagée et avant-gardiste, ainsi que l'attestent ses performances, ses travaux sur le nu et ses collaborations à Los Angeles entre danseurs blancs et noirs, à l'époque des émeutes raciales, Anna Halprin n'a eu de cesse d'innover, de puiser à ses propres expériences et épreuves l'inspiration de ses créations et de ses spectacles qu'elle ne considère pas comme une partie de plaisir pour les spectateurs. La vieillesse et la maladie venant, elle a également poursuivi sa réflexion sur le corps et son avilissement dans des créations radicales (Intensive Care : Reflections on the death and dying). L'artiste n'a cependant rien de morbide; au contraire, elle pétille d'enthousiasme et d'idées, guère encline à raccrocher ses chaussons. Merci donc à Ruedi Gerber de nous avoir fait découvrir cette magnifique personne qu'est Anna Halprin.