Je comprends pourquoi Annie Hall, considéré comme le chef-d'œuvre de Woody Allen, a pu marquer à sa sortie. Dans les années 70, filmer de manière quasi clinique une relation de couple, en décors naturels, avec des dialogues introspectifs sur la relation amoureuse et intime, c’était audacieux. Casser les tabous sur la relation hétérosexuelle, faire parler les hommes de leurs névroses et leurs désirs, c'était nouveau, presque transgressif. Sortir d'une narration linéaire, comme une juxtaposition de moments forts, c'était sûrement plus rare. Et ça a ouvert la voie à beaucoup d'autres films.
Mais, et fort heureusement, ce que Annie Hall avait de remuant et trnsgressif à l’époque a depuis été dépassé. Notre manière de parler du couple, nos imaginaires, nos aspirations ont énormément évolué. Et aujourd’hui, le film me semble tout simplement désuet. Il ne reste plus vraiment de moteur émotionnel, ni de tension, ni d’enjeu fort pour le spectateur actuel. J’ai surtout eu du mal à comprendre pourquoi Annie, solaire et vive, s’entiche d’un type aussi égocentrique qu’Alvy. Ses névroses, cette façon de tout ramener à lui, de constamment requalifier ce que dit ou pense Annie, de lui imposer une forme de domination passive-agressive… aujourd’hui, c’est une représentation du couple qui ne passe plus.
Alors oui, il reste quelques blagues qui m'ont fait sourire, et j’admets le travail en lumière naturelle et le tournage en décors réels. Mais franchement, ça ne m’a pas suffi. Pour moi, le film n’a pas résisté à l’épreuve du temps. Je ne l’ai pas trouvé ni touchant, ni drôle, ni pertinent.