"tout ce pays se détache de New York car ils la prennent pour une repaire de juifs, de socialistes et d'homosexuels. même moi il m'arrive de le penser, alors que j'y habite !"
"tout ce qu'il savent faire à Hollywood, c'est de distribuer des récompenses.
meilleur dictateur : Adolf Hitler !"
"avec la quantité de citations que cette œuvre comporte on pourrait écrire un tout film entier de Woody Allen... d'ailleurs c'est ce qu'on en a fait !"
(bon j'avoue, cette dernière, je l'ai inventé moi...)
ni socialiste vu tout ce qu'il gagne,
ni homosexuel vu(es) tout ce qu'il baise,
Woody surinvestit le champ de sa judéité avec l'acharnement d'un fils d'immigré hongrois voulant se faire passer pour un français.
certains gags ne seront compris que des lecteurs de l'ancien testament ("tu le tutoie et tu l'appelles David et lui alors ? il t'appelle Bethsabée ?" ou bien quand dans le restaurant à la fin il commande "quelque chose sans levain") d'autres nécessiteront de connaissances plus littéraires.
tout juif qu'il est, il n'est pas avare en humour, même involontaire :
on apprend qu'un argument pour aller vivre en Californie était "l'absence de criminalité"
et qu'en 1975 (avant le choc pétrolier donc, mais le film est sorti en 1977, soit après.) un appartement à Manhattan pour une personne seule coutait 400 dollars / mois. (on pouffe.)
les blagues qui ont le moins bien vieillis sont sans doute celles sur la différence d'âge des protagonistes ("tu me déranges et m'appelle alors que je suis avec de sœurs de 16 ans.") quand on sait qu'Allen dans la vraie vie semble aimer les femmes de l'âge d'être sa fille et qu'il brouille constamment la frontière entre son film et la réalité vécue.
cette philie particulière est en constant conflit avec son caractère sapiosexuel.
c'est à dire l'amour des femmes (ou hommes, pour une femme) intelligentes.
en gros, soit une femme le satisfait par sa culture soit au lit.
soit il sort avec des cultureuses plates comme une planche à pain.
soit s'éclate avec une écervelée fate mais avec des hanches à main.
ah terrible, le problème d'un homme qui a trop de temps, trop de succès et trop d'argent...
on souffre avec le héros, on s'ouvre de ne pas pouvoir l'aider en le soulageant de quelques liasses de billets, de quelques jolies filles ou d'un appart trop grand...
on pourrait aussi lui envier ses relations,quand on voit de quelles poitures il a su s'entourer pour les scènes,de Diane Keaton (à la fois touchante et drôle) à Jeff Goldblum (à la fois Gold et blum).
une amorce de réflexion sur le point de vue féminin est esquivé ("je comprends de plus en plus tes références et tes blagues") avec la limite qu'impose un narrateur unique, de sexe masculin et partie prenante du récit.
un ex ça travesti les faits.
un narrateur amoureux, fut ce juste de lui-même, n'est ni neutre ni fiable.
l'heure n'était pas encore à la comédie romantique.
ce n'est pas Allen, mais Diane qui est la plus proche ici d'inventer le genre,
contrairement à ce qu'on peut lire à ce sujet ça et là.
et l'inventivité dans la mise en scène met par contre en valeur son esprit torturé (séquences d'annie et alvy chez leurs psys respectifs) et esthète (passage cartoonesque dans la salle du miroir de la reine maléfique) annonçant un potentiel succès dans le milieu.
bref, un jeune réalisateur à suivre quoique encore brouillon, il y a de l'idée.