Vous ne verrez pas ce film en salle.


Et c'est lamentable.


Une de mes meilleures expériences de cinéma a été de voir Under The Skin en salle : un trip hypnotique avec une dizaine de braves inconnus dans une petite salle du cinéma de Nîmes, ce silence partagé, l'étonnement devant cet OVNI, les regards un peu paumés échangés à la sortie de la salle, les commentaires des autres spectateurs qui font marrer ou réfléchir.
Avec cette distribution sur Netflix (à la grande joie de son réalisateur...), on perd un truc, certes infime mais quand même. Cette valeur de partage qui s'est bien amenuisée depuis l'évolution des salles de cinéma mais qui persiste encore et offre certains moments uniques avec d'autres inconnus.
Mais là, on va le matter entre pote sur la télé ou pire seul en train de jongler avec son téléphone...


A défaut de développer plus ce propos, je comprends la déception de Garland de s'être fait lâcher par la Paramount et son diktat des projections tests.
On sent que le bonhomme a mis du coeur à l'ouvrage : des idées, il en à la pelle.
Et que le film est pensé pour un écran géant, pour englober le spectateur, lui mettre une claque dans les mirettes.
Certaines mauvaises langues diront qu'en effet la majorité idées sont "seulement" visuelles.
Et ils auront en partie raison... Mais n'est-ce pas un moyen comme un autre de faire passer son propos, d'émerveiller ?
Je reviens sur Under The Skin, on pourrait s'arrêter à son aspect froid et son scénario basique alors que le ressenti devant cette chasse à l'homme puis sur la quête de l'humanité, vaut bien mieux que bien d'autres films sur le même thème...


Comme dans Ex Machina, les effets spéciaux s'intègrent parfaitement à l'univers avec un rendu organique, du fluo qui va lorgner sur Avatar mais comme fané, beaucoup plus malsain mais en même temps envoûtant avec cette aura arc-en-ciel crépusculaire qui détonne sur chaque élément du décor. On alterne également avec des éléments oniriques, aériens, au gore le plus sordide mais en restant cohérent dans l'univers dépeint par Garland.
La BO est aux petits-oignons avec ses dissonances et son rendu malaisant, qui explose dans la dernière séquence.
Côté acteurs : performance correcte des principaux protagonistes, Nathalie Portman toujours très juste et Jennifer Jason Leigh parfaite en glaçon émotionnel.


A nouveau Garland mélange l'intime et l'universel avec la relation entre Lena et son compagnon, à travers leur mission au delà du "miroitement".


Si une critique majeure du film peut-être son ouverture trop "facile", elle a le mérite de ne pas être totalement dénuée de réflexion. Les questions posées par les doubles et l'entité sont intéressantes : quelles sont les intentions de cette entité ? Comment interpréter sa découverte de l'autre, son imitation ? Comment notre ADN, l'infiniment petit, peut définir de notre identité propre et que se passe t'il si on commence à faire mumuse avec ?


Le tout dans un environnement unique, fascinant avec sa faune et sa flore aussi magnifique que redoutable.
Un final quasi-hypnotique, dans un environnement unique et riche visuellement qui rappelle la déroutante conclusion d'un 2001 : Odyssée de l'espace.


On tenait peut-être ce nouveau trip hallucinatoire, capable de prendre une salle par les tripes, d'unir des inconnus pendant 1H50...


Mais chillons plutôt...

Tom_Méchant
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le 13 mars 2018

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Tom_Méchant

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