Fallait-il cette surenchère sonore et organique pour briser net cette illusion tant vanté par le consumérisme du fameux rêve américain? Fallait-il s'emparer avec autant de désinvolture de la si juste et impérieuse lutte féministe pour séduire le jury cannois et sa Barbie Girl présidente Greta Gerwig? Devait-on placardiser avec ostentation sa farouche opposition à l'ostrasitation des marges sociales comme le firent cette année Audiard et Baker pour fasciner à ce point le plus grand festival du monde?
Une Palme D'or et un Prix du Jury, agrémentés de prix d'interprétations féminines en ce qui concerne Emilia Perez, récompensent ils des sujets contemporains qui séduisent la foule progressiste? Ou des formes qui feignent d'en épouser les contours pour mieux les recracher sous des ersatz de fiction vérité? Le public du cinéma art et essai veut-il des messages clairement énoncés pour le prendre par la main afin de lui expliquer le bien et le mal? Ou préfère t'il des détours ambivalents qui lui permettent un certain recul sur la complexité du monde?
Tandis que ces fiers palmés font le consensus de la diagonale du vide, d'autres propositions singulières sont plus ou moins reléguées dans des circuits artistiques délaissés par ces mêmes cinéphiles qui prétendent défendre l'art. Faut-il s'en inquièter avec tristesse ou constater factuellement que ce cinéma d'auteur industriel commence à prendre le pas sur ses congénères?
Sans doute la vérité se situe t'elle dans un entre deux, sans démarcation aussi nette et tranchée que celle que je viens d'établir. Du moins faut-il l'espérer.