Anora
7.1
Anora

Film de Sean Baker (2024)

Anora, c'est une histoire d'arnaques : arnaque sentimentale… et arnaque cinématographique. On m'avait vendu Anora comme un film fou, au rythme endiablé, aux personnages plus extrêmes les uns que les autres, une cacophonie harmonieuse dans un délire de couleurs vives, quelque chose d'aussi vibrant qu'un amour passionné dans un monde de brutes. Et c'est le cas ! … pendant un tiers de film. A partir du moment où les proto-mafieux partent à la recherche du fils prodigue et où ils rencontrent Anora, le film prend une autre dimension : entre comédie et tragédie, entre absurde et logique, entre parodie et sérieux, entre le jour et la nuit, entre la cupidité et la tendresse, on assiste à un joyeux n'importe quoi, à une fuite en avant palpitante qui vous scotche à votre siège. Probablement les meilleures 45 minutes du cinéma en 2024. Le problème, c'est que le film fait 2h20.

Avant ce prodige, les 45 minutes les plus ennuyeuses du cinéma en 2024. L'histoire de la rencontre tristement banale (si ce n'est la débauche et le luxe dans lequel évoluent les personnages) entre un jeune homme richissime et désœuvré et une jeune femme qui pense avoir trouvé le prince charmant. Avec une scène de cul toutes les 3 minutes (fourchette basse). Après le prodige, le film retombe comme un soufflet, c'est lent et chiant, tout ça pour faire un contraste puisqu'on perçoit désormais le vrai visage de nos protagonistes : lâches et débiles, tous. Intéressant. Le cœur du sujet est véritablement manqué : le film survole sans jamais prendre de recul des sujets aussi passionnants que sensibles. L'amour et l'argent, l'amour et le travail du sexe, l'attrait de l'argent, l'illusion du capitalisme et du luxe, l'amour et l'idiotie, le sexe et la tendresse… Tout ça n'est qu'à peine esquissé, le scénario préférant se perdre dans des considérations très prosaïques et rester au ras des pâquerettes.

Il y a un petit tour de passe-passe pour savoir si un film tient la route ou pas. Imaginez un seul instant qu'Anora n'est pas interprétée par Mikey Madison (qui risque d'avoir l'Oscar après cette performance épatante), mais par n'importe quelle autre actrice. Marion Cotillard, tiens, pour se marrer un peu. Vous imaginez la bouse que ça aurait été ? Alors oui, excellent choix d'actrice, mais le film ne tient littéralement qu'à ça.

En fin de compte, une Palme d'Or bien pâlotte, qui s'oubliera aussi vite qu'un Sans filtre. Il faut quand même dire que le cru 2024 à Cannes était bien loin d'être exceptionnel.

Samji

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