Avec Anora, Sean Baker poursuit son exploration des marges américaines, mais son cinéma, d’ordinaire vibrant et organique, semble ici s’agiter sans jamais atteindre la vérité émotionnelle qu’il recherche. Le film carbure à une énergie brute, presque fébrile, mais cette effervescence permanente masque mal une écriture étonnamment schématique, où les trajectoires des personnages paraissent dictées par des besoins narratifs plutôt que par une réelle logique humaine.
Baker mise beaucoup sur la vitalité de son actrice principale, qui occupe chaque scène avec une intensité indéniable. Pourtant, faute d’une construction dramatique suffisamment nuancée, son parcours finit par ressembler à une oscillation mécanique entre chaos et vulnérabilité. Le film veut nous faire ressentir la collision entre naïveté, survie et illusions — mais cette collision semble souvent orchestrée, presque forcée, comme si Baker tenait à tout prix à reproduire les formules qui avaient fait la force de ses œuvres précédentes.
Visuellement, le réalisateur retrouve son goût pour les couleurs saturées, les nuits électriques et la caméra qui colle aux corps, mais cette signature ne parvient pas cette fois à se fondre dans le récit. L’esthétique s’impose, plutôt qu’elle n’émerge de la réalité qu’elle prétend décrire. On observe un univers, mais on n’y croit jamais vraiment.
Quant aux thèmes — aspiration à la liberté, frontières poreuses entre tendresse et exploitation, violence sociale — ils sont présents, mais traités de façon si frontale qu’ils en perdent leur complexité. Le film parle fort, bouge beaucoup, multiplie les situations extrêmes… sans jamais trouver ce petit miracle de cinéma où l’empathie éclôt naturellement.
Anora, à trop vouloir pulser, finit par donner l’impression d’un film qui cherche son cœur au milieu du vacarme — sans réellement le trouver.