Ani est une strip-teaseuse qui aspire au calme d’une vie confortable, et projette paradoxalement ses désirs dans sa rencontre avec le fils impulsif et irresponsable d’un riche oligarque russe, paradoxe propre à tout imaginaire capitaliste. Après de multiples péripéties sur lesquelles elle essaie en vain de garder le contrôle, elle lâche prise et fond en larmes dans une tentative finale, inaboutie elle aussi, d’accéder à la douceur idéale qui lui apportera la paix. Elle réalise en conclusion qu’elle n’est qu’un produit frustré de l’échelle sociale, tout ça pour ça. Le film traîne des pieds et se voudrait plus vif et roublard que ce qu’il est, il n’évite aucun cliché mais parvient à décrire quelques subtils détails dans les relations de domination ; le personnage d’Igor en est le meilleur exemple dans son faux mutisme à la fois accusateur et obéissant, et le seul à être réussi sur la trop longue durée du récit. Baker pèche par son incompréhension totale de la comédie : il use en boucle du même mécanisme simpliste (l’escalade verbale et l’alternance cris-silence, les cris comme lutte des classes qui se chevauchent et dévorent et le silence comme frustration), mais ne sait ni le renouveler ni l’approfondir, ainsi les interminables dialogues se déroulent tous sur le même mode inconséquent ; l’écriture est flemmarde et, bien qu’elle prétende s’auto-critiquer, ne fait pas assez d’efforts pour aller au-delà de la simple empoignade virile self-aware.