N'y avait-il rien d'autre à Cannes en 2024 à primer pour attribuer la Palme d'or à Anora ? On est dans le cinéma indépendant américain qui semble n'avoir rien de nouveau à raconter. Le film est bien trop long, évoquant un peu Cours, Lola, cours, mais en moins frénétique, ou Tangerine du même Sean Baker. En regardant Anora, on constate qu'il reprend clairement la structure de son Tangerine, réalisée dix ans plus tôt, avec un esprit similaire. Le personnage principal évolue dans le milieu de la nuit comme les protagonistes de Tangerine. Puis elle part à la recherche de son compagnon dans toute la ville, une quête également présente dans Tangerine. Cependant, le film est moins frénétique et n'est pas accompagné d'une musique qui matraque la tête.
La première partie tourne autour d'Anora découvrant un monde qu'elle ne connaît pas : celui d'un fils de riche qui obtient tout par l'argent, Anora fait partie du lot. Elle couche avec lui pour l'argent mais n'éprouve aucun intérêt pour ce jeune homme. Cette première partie traîne en longueur ; Sean Baker n'avait pas besoin de l'étirer autant, surtout sans développer d'autres éléments. Il n'installe pas une relation particulière entre les deux personnages : Anora ne passe pas d'un client à l'amour fou. Elle voit simplement en lui une opportunité de changer de sphère sociale, tandis que lui la perçoit comme une partenaire sexuelle. Tout n'est qu'un jeu pour eux, ce qui les pousse un soir de beuverie à partir à Las Vegas pour se marier sur un coup de tête.
Dans la seconde partie, le réalisateur promène ses personnages d'un endroit à l'autre sans apporter grand-chose. Il fait également entrer d'autres protagonistes avec lesquels il cherche à amuser. Ces gars sont des hommes de main qui sont, comme bien trop souvent, des bras cassés. Non seulement ce genre de situation a été vu des centaines de fois, mais rien de nouveau n'est apporté ici. Si ce n'est pas lourd, cela reste sans originalité quand a trouver les scènes drôles c'est impossible, ça ne fait même pas sourire, car ce que présente Baker a été fait et refait.
D'un point de vue social, que cherche à montrer Sean Baker ? Que pour les fils de riches tout est amusement et rien n'a d'importance ? Si c'est une critique sociale, elle reste bien trop maigre et superficielle. Et si ce n'en est pas une, le film perd encore davantage son intérêt. Anora est un film qui n'a ni grand-chose à dire ni à montrer. Il souffre d'une durée excessive et d'un contenu creux.