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J’aime voir les Palmes d’or du Festival de Cannes, même si je vais rarement les découvrir en salle.
Les films qui obtiennent ce prix, qu’ils soient réussis ou ratés, donnent souvent une vision de notre monde qui mérite qu’on s’y intéresse. Anora, de Sean Baker, n’est peut-être pas complètement abouti, mais il y a de la matière.
L’idée de départ est de revenir au mythe du prince charmant et, évidemment, à Pretty Woman. L’héroïne est strip-teaseuse. Elle rencontre un jeune oligarque russe qui va se l’offrir pendant une semaine. Une semaine remplie de sexe et d’alcool, au terme de laquelle le Russe épouse la jeune femme. Et à partir de là, les ennuis vont commencer.
J’avais vu deux films de Sean Baker et, je dois l’avouer, sa mise en scène caméra à l’épaule m’avait quelque peu soûlé. Je n’y croyais donc pas vraiment, à cet Anora.
Et pourtant, Sean Baker dispose ici d’un budget plus conséquent. Sa mise en scène est beaucoup plus soignée et il signe de très beaux plans.
Le sujet de Sean Baker, ce sont les travailleurs et travailleuses du sexe. Pour un pays aussi puritain que les États-Unis, c’est forcément intéressant. Il a tendance à les montrer sous un jour plutôt favorable. Chez lui, c’est souvent la clientèle qui pose problème.
Vanya est un jeune oligarque russe qui a toujours eu énormément de pognon. Il est complètement déconnecté de la réalité et, surtout, des émotions. Anora, elle, veut croire au prince charmant sur son beau cheval blanc. Elle n’est pas amoureuse de ce type. Elle recherche avant tout une forme de stabilité.
Ces deux personnages sont passionnants parce qu’on les voit finalement assez rarement au cinéma. Et Sean Baker évite les clichés sur les Russes. Le personnage d’Igor en est le parfait exemple.
Mais est-ce que cela méritait un film de 2 h 20 ? Évidemment que non.
Le réalisateur aime les scènes répétitives. Il aime surtout les étirer, parfois jusqu’à l’épuisement. Il y a une véritable volonté de cinéma-vérité. Les acteurs improvisent une partie de leurs dialogues et Sean Baker semble s’être glissé dans les pantoufles de John Cassavetes.
Malheureusement, les dialogues sont assez pauvres, même s’ils sont certainement le reflet de notre époque. Personnellement, j’aurais préféré qu’ils soient davantage écrits. Cela aurait permis de resserrer l’intrigue et d’éviter certaines longueurs.
Et puis surtout, je n’ai ressenti aucune émotion.
Je n’ai pas ri. Je n’ai pas été émoustillé. Je n’ai pas été ému.
Alors oui, Anora est intéressant. Il raconte quelque chose de notre époque et propose des personnages qui sortent un peu des sentiers battus.
Mais l’émotion reste mon moteur pour aimer un film.
Et avec Anora, je suis malheureusement resté à distance.
Si vous avez aimé le film, j’aimerais vraiment savoir pourquoi. Ça m’intrigue.