Remake de la célèbre série de Fukasaku, qui n'est pas le premier d'ailleurs puisque Kudô s'y était brillamment essayé en 1979, on retrouve ici plus difficilement les éléments qui caractérisent les Combats sans code d'honneur : histoires vraies et aspect documentaire, violence omniprésente, manipulations et trahisons, caméra nerveuse... Le film de Sakamoto, qui démarre pourtant de façon assez choquante, avec un jeune adolescent qui tue un yakuza d'un couteau planté dans la nuque, s'assoupit ensuite dans une histoire de conflit de succession assez molle et où finalement la violence n'éclatera que de façon très sporadique. En toile de fond le destin des deux amis d'enfance, l'un ayant choisi de rejoindre les yakuzas, par dépit on apprendra plus tard et par manque de perspectives, l'autre, d'origine coréenne, cherchant à rester à l'écart tout en gérant un réseau de filles. Du côté des yakuzas on observe un milieu relativement désabusé, une société pyramidale sans états d'âme où chaque élément doit contribuer à l'enrichissement de l'échelon supérieur. Les patrons sont lâches et abusent de leur autorité, les soldats se taisent et travaillent pour pas grand chose. S'il fallait montrer une organisation aux antipodes des visions stylisées et glamour de ce milieu, c'est plutôt réussi.
L'acteur qui interprète le voyou coréen, le chanteur de rock Tomoyasu Hotei, est plutôt convaincant. Concernant les autres, j'aime beaucoup moins. Le rôle principal tenu par Etsushi Toyokawa hésite constamment entre le badass super cool et le personnage mélancolique quasi-dépressif et souffrant d'acouphène. Le boss Awano est un beau salaud, mais son revirement vers la fin du film contribue à l'aspect mollasson de cette guerre de succession, alors qu'il réunissait au début tous les atouts pour devenir un salopard coriace qui créerait un beau remue-ménage dans le milieu...
La bande-son, que l'on doit à Hotei lui-même, n'est pas toujours à propos. Si son titre-phare a été repris par Tarantino dans Kill Bill, je la trouve un peu envahissante et grossière.
Bref, on aurait pu avoir un bon yakuza-eiga moderne, désabusé et convaincant si Sakamoto n'avait pas essayé de lui trouver une filiation avec la série mythique des Combats sans code d'honneur et n'avait pas relâché si vite la tension que l'on voulait voir exploser.
[5/10]