A priori, on part sur une production industrielle typique Netflix : gros paysages, gros moyens, gros casting. Le survival calibré pour l’algorithme. Le genre de film pensé pour être “efficace”, “tendu”, “regardable” dans n’importe quel pays. Et effectivement, Apex coche toutes les cases : action spectaculaire, décors splendides, Charlize Theron qui fait elle-même ses cascades, notamment les séquences d’alpinisme où elle grimpe comme si la montagne était un accessoire. Les acteurs sont à bloc, le rythme ne faiblit jamais. Mais est‑ce que ça fait un bon film ? Pas forcément.
Parce que derrière la performance physique, la profondeur psychologique reste mince. Le trauma initial est là pour lancer l’histoire, mais ça s'arrête là. Le sous‑texte tient sur un timbre‑poste : survivre, fuir, se reconstruire. Rien de honteux, mais rien de marquant non plus. On est dans un film d’action bien troussé, propre, carré, mais qui ne laisse pas de trace dans une cinématographie. Une expérience pas déagréable.
Le film m’a pourtant évoqué Délivrance. Même logique : une nature hostile qui ne pardonne rien, et des autochtones (blancs) encore plus dangereux que le décor. Chez Boorman, les “mountain men” sont une fracture sociale, un choc de civilisation. Ici, Ben est un prédateur solitaire, ritualiste, cannibale, une menace brute qui transforme la forêt en piège permanent. Même idée de bascule : le paysage devient un adversaire, et l’humain un danger supérieur. Deux scènes résonnent particulièrement : la fuite dans les rapides chez Boorman, et la course dans les ravins australiens chez Kormákur — même tension, même sentiment d’être traqué par quelque chose de plus ancien que soi.
Au final, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Mais en sortons‑nous grandi ? Pas vraiment. On termine Apex, on éteint Netflix : le temps est passé vite, mais on n'a pas bougé.