De nos jours, ils sont rares ces films dont le visionnage vous cloue à votre siège en vous martelant cette pensée en boucle : "Comment est-il possible qu'un truc pareil ait pu être filmé?". Et Apocalypto rentre parfaitement dans cette case. Mieux : il pourrait en être la sanglante mascotte.
Avec le troisième et meilleur volet de sa "trilogie historique" (comme j'aime l'appeler), Mel Gibson prouve une énième fois qu'il est non seulement un réalisateur accompli mais surtout un preneur de risques incroyablement culotté. Filmer ce récit pré-colombien avec des centaines de figurants à moitié dénudés et évoluant dans une véritable jungle ou des décors gigantesques, ça sonnait mission suicide. Et pourtant, Gibson l'a fait, accouchant de la version hardcore (et un tantinet supérieure) du 10'000 BC de Roland Emmerich.
Tout comme l'aventure préhisto-égyptienne sortie l'année suivante, on n'attribuera pas à Gibson la médaille du meilleur scénario, celui d'Apocalypto étant d'une simplicité abyssale. Cette histoire de délocalisation d'une peuplade suivi de la naissance d'un héros annoncée par une pseudo prophétie, c'est vu et revu, très convenu. Mais là où le film s'en tire avec les honneurs, c'est dans sa mise en scène et ses puissantes images. Mel Gibson livre une oeuvre cruelle, sans concession, aux visuels aussi saisissants que brutaux. C'est bien simple : ce qu'il filme n'a probablement jamais été filmé, ou du moins jamais de cette ampleur. Ces interminables foules de mayas aux costumes détaillés, voire spectaculaires, se pavanant sur de fausses pyramides rouges, ces carrières blanches où le sang ressort comme un point noir sur un visage, cette jungle traversée à toute vitesse : tout est bluffant. Une immersion spectaculaire dans un monde oublié mais aussi brutal. À l'image de La Passion du Christ, Gibson n'y va pas de main morte et enchaîne les scènes gores sans sourciller. Si par moment la démarche va trop loin et me fait grimacer à m'en faire péter les dents, la violence sembler aller de pair avec le propos de Gibson, illustrant la fin d'une ère. Disons même une... apocalypse.
Mais ce qui rend le visionnage d'Apocalypto d'autant plus satisfaisant à mes yeux, c'est que plus le récit avance, plus le film gagne en intérêt et en intensité. Si le début s'avère particulièrement pataud et lourdingue avec ses blagues de bites en feu et ses prophéties pourries, l'histoire s'envenime jusqu'à exploser dans son troisième acte où un héros ma foi sympathique pète la gueule à un groupe d'antagonistes aussi mémorables que détestables. Le tout filmé et cadré avec précision, saupoudré de 2-3 effets de styles que l'on connaît à Mel Gibson. Bref, il y a toujours quelque chose à manger et à savourer.
Un vrai plaisir de cinéphile à découvrir ou à redécouvrir, du moins si l'on estime avoir le coeur suffisamment accroché (pas comme les pauvres mayas sacrifiés)