Nous sommes en 1996. Nanni Moretti pense qu'il est de son devoir de tourner un documentaire politique sur l'Italie, et d'abandonner son projet de comédie musicale avec Silvio Orlando en pâtissier trotskyste. Mais il s'apprête aussi à devenir papa pour la première fois...
Certains cinéastes tournent des autofictions. Nanni Moretti tourne ici un nouvel auto-documentaire, comme l'était déjà "Journal intime" (prix de la mise en scène à Cannes en 1994), même si la société est bien sûr également présente devant sa caméra.
Il filme d'abord ses proches (et lui-même), sans casting, mais s'adjoint la participation de Silvio Orlando, pressenti pour la comédie musicale avortée, et qui jouera ensuite dans "La Chambre du fils" et surtout "Le Caïman".
Le récit tricote ensemble avec une bonne dose d'humour le Moretti citoyen fin observateur de la vie politique italienne, et le Moretti futur père... Les dialogues (si on accepte ce terme pour ce film qui n'est pas une fiction) sont ironiques au niveau politique, vis-à-vis notamment de responsables de gauche pas assez à gauche pour lui (en particulier dans les prestations télévisées), et existentiels voire universels dans son questionnement sur sa future paternité.
Le Moretti documentariste n'omet cependant jamais de faire du cinéma, ne serait-ce que dans le travail sur l'image. Par exemple, il s'enroule dans un tapis de couvertures de journaux pour critiquer le conformisme et la concentration médiatique, y compris dans le domaine de la culture, mentionnant un journaliste critique de cinéma dans un magazine de gauche et critique littéraire dans un titre de droite. Le montage, aussi, est intuitif et libre, pour coller aux frasques de son personnage principal.
Un film percutant à voir ou revoir trois décennies plus tard en France, où le paysage médiatique contemporain est aussi médiocre que celui de l'Italie trente ans plus tôt...