Arco
7.5
Arco

Long-métrage d'animation de Ugo Bienvenu (2025)

J'ai cru le temps d'un instant que quelque chose de lumineux pourrait surgir de cet arc-en-ciel.

Eh bien j'ai eu tort.

Lourdement.


Faire le choix de colorer ainsi le monde en pareille époque ne pouvait pas être un acte innocent, m'étais-je dit. Eh bien pourtant si : ça pouvait l'être. Avec Arco, on est même au-delà de ça. De ce que j'en perçois, ça relèverait presque de l'ordre de l'impensé.


Il ne s'agit pas ici de contester les bonnes intentions de l'auteur, Ugo Bienvenu. Dès les premières minutes, on sent la volonté de se montrer généreux et créatif. Les lieux sont pensés pour être impactants ; la narration aspire d'emblée à mettre en évidence tout un mode de vie alternatif, quant à la direction artistique et la mise-en-scène, elles sont manifestement mises au service d'un souffle qui espère tout emporter...

...Mais le problème c'est que ces belles intentions ne parviennent à porter le film que cinq bonnes minutes, et à peine Arco cherche-t-il à s'envoler dans les nuées et à transfigurer la lumière qu'il s'écroule vite au sol pour ne jamais parvenir à se relever.


C'est que ça tourne rapidement à vide, ces aventures. De ces lieux et modes de vie, Arco ne semble manifestement pas chercher à nous en dire grand-chose – au mieux des choses excessivement basiques – tant le film fuit tous les sujets qu'il a pourtant lui-même posés. Rapport à la nature, parentalité lointaine, technodépendance : sitôt évoqué, sitôt désinvesti.

L'intrigue centrée sur les enfants devient très vite un prétexte pour ne voir le monde qu'au travers de leur regard, ce qui se révèle très vite comme une belle (et triste) échappatoire.


Et c'est bien cela qui me sidère le plus dans ce dessin-animé : c'est de constater à quel point il manque d'horizon.

Ce monde n'invoque au fond que des figures imposées incroyablement datées : du suburb américain aux robots à gros boulons ; des supermarchés aux gros caddies cubiques jusqu'aux véhicules futuristes rondelets et colorés.

Le futur de Bienvenu pue le passé dépassé et il en colporte les mêmes angles morts. Où sont ceux qui sont responsables de la catastrophe ? Où sont aussi les plus opprimés sur le dos desquels vivent ces classes privilégiées ? Tout est masqué derrière le prétexte du regard d'enfant.

Au final, la catastrophe n'a pas de responsable, les méchants n'en sont pas vraiment, et tout est noyé dans les couleurs criardes d'un monde de jouets géants.

N'en ressort au bout du compte qu'une aventure à la façon d'un E.T. ou d'un Goonies, rien de plus. C'est dire si, avec Arco, la création prend fin avec les années 80.


Alors oui, j'ai conscience qu'en disant cela, j'y vais peut-être un peu fort ; que j'impose à ce film un prisme qui n'a pas lieu d'être et que je me ferme à la magie des arcs-en-ciel qui font scintiller les cieux et les yeux... Peut-être bien, c'est vrai.

Mais puisqu'il est ici question de livrer des approches personnelles sur les oeuvres, je n'entends pas vous leurrer travestissant mon ressenti à l'égard de cet Arco.


Ce genre de magie, moi ça ne me fait pas rêver. Je ne peux m'empêcher d'y voir là une magie qui endort, qui détourne, qui réenchante un quotidien de la pire des façons.

On ne questionne pas les symboliques qu'on mobilise. On ne traite pas les sujets qu'on investit. On noie le tout dans une imagerie vieillotte typique des années 80 et de sa bonne vieille culture du No Future.

Puisque c'est cuit, vivons notre vie en dépit de la réalité. Ignorons les choses. Voyons-y même carrément une esthétique à revendiquer...

Seulement voilà, avec Arco on va finalement encore plus loin dans la culture du déni puisqu'au lieu d'embrasser le chaos à la façon d'une culture punk, on s'enivre de jolies couleurs criardes en réinvestissant le pire des mirages technosolutionnistes pour nous faire passer la pilule en guise de conclusion.


Je veux bien que les temps soient durs et qu'en conséquence, on cherche à se rattacher à ce que ce genre de contes « modernes » peuvent avoir de poétique, et je peux entendre que, sur son final, cet Arco parvient bien à nous produire un moment ou deux sachant toucher quelque corde sensible. Cependant, ce n'était pas comme si ce film était le premier à nous en proposer. En ce qui me concerne, j'irais même jusqu'à dire que tout le problème de cet Arco tient au fait qu'il nous resserve ce que d'autres ont déjà servi avant lui, mieux que lui, et de manière bien moins malaisante.


La poésie ne se réduit pas à de simples mélopées charmeuses. Au service du vide, elles deviennent très vite un art de l'embrume.

Or, c'est ce qu'est malheureusement pour moi cet Arco : une volonté d'esthète certes mais qui, au bout du compte, n'aura su que nous repeindre avec des couleurs vives un monde pétri de vaines illusions.

C'est pour ça que, pour ma part, je m'en tiens à cette maxime : maudites soient l'inculture et la cécité, encore plus quand celles-ci ne sont pas forcément mal intentionnées...

Créée

le 27 oct. 2025

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7

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