Récompensé par le Grand Prix de la Semaine internationale de la critique, Armadillo est un documentaire danois réalisé par Janus Metz.
Le film nous plonge aux côtés de jeunes soldats envoyés en Afghanistan, dans le camp d’Armadillo, en pleine province d’Helmand. À travers Mads, Daniel et les autres, on découvre moins la guerre telle qu’on l’imagine que ce qu’elle fait aux hommes qui la vivent.
Janus Metz filme la guerre d’une manière presque irréelle. La caméra est au plus près des soldats, si bien que la frontière entre documentaire et fiction finit par se brouiller. Comme eux, on ne sait plus toujours ce qui relève du jeu ou du réel. Un raccord, notamment, marque les esprits : une grenade lancée dans un jeu vidéo explose dans la réalité quelques secondes plus tard. Troublant mais tellement parlant.
À mesure que les combats s’intensifient, la violence change les hommes. La méfiance s’installe, puis la paranoïa. La frontière entre le virtuel et le réel se brouille complètement, et la distance avec la population afghane devient abyssale. Ils luttent d’abord contre les talibans, puis finalement contre « les 7 milliards d’ennemis potentiels qui peuplent le pays ».
Le quotidien est fait d’attente interminable au camp, de jeux vidéo, de films porno et de discussions stériles avec la population locale. Personne ne cherche vraiment à comprendre l’autre.
Oui, Armadillo manipule son spectateur, parfois de manière évidente. Mais il le fait pour poser les bonnes questions.
La mise en scène impressionne surtout par sa proximité. La caméra colle aux soldats, au point de nous placer presque dans leur ligne de mire. On sent le danger, on sent la tension. Et comme eux, on finit par accepter cette réalité avec une forme de cynisme
À l’image de la scène finale, la notion de crime semble s’éloigner. Achever un homme blessé ne nous rapproche pas des “barbares” que nous combattons : nous nous cachons derrière le bien et le mal. L’instinct de survie ne commet jamais de crime.
Armadillo est glaçant. La musique constante renforce ce sentiment pesant d’insécurité et de tension.
Armadillo laisse des séquelles, et fait désormais partie de la vie de chacun de ces Êtres, qui se sont, pendant quelques secondes confrontés à leur propre finitude.