J'entends beaucoup de bruit sur ce film pour un résultat qui laisse finalement assez indifférent. Même si Romain Gavras a déjà démontré qu'il savait réaliser des clips, c'est une autre paire de manche que de réaliser un film. Et Athena en est une belle représentation.
En s'appuyant beaucoup sur un esthétisme très commun et surtout connu pour être des prouesses techniques, le réalisateur oublie l'objectif principal : raconter quelque chose par la mise en scène. Le tout premier plan séquence est très représentatif de ce problème : il est difficile de ressentir une quelconque violence car elle n'est pas ancrée dans un réel qui choque, à cause notamment du plan suivant le personnage comme si on était dans un jeu vidéo. L'impressionnante prouesse technique prend toujours le pas sur ce que c'est censé raconter. Du coup, on est plus curieux de savoir comment ils ont réalisé de tels plans, que de s'occuper de ce qu'on filme et ce qu'on essaie de nous montrer. Il y avait le même souci pour moi dans 1917 de Sam Mendes. Là-dessus, Romain Gavras montre qu'il a une certaine maitrise car bien que son esthétisme soit pompé et vu et revu, il fonctionne plutôt bien quand il laisse justement la musique s'emparer de ces séquences. Mais c'est très superflu.
On ne ressent jamais vraiment le danger, ni la peur autour des personnages car ce n'est pas ce qui semble intéresser le réalisateur. Tout n'est qu'univers fantasmagorique qui ne cherche pas à retranscrire de réel, ou du moins quand il essaie, il se vautre lamentablement par le biais de quelques dialogues pompeux, lourds et complètement dénués d'intérêt et de subtilité. Même si il montre certaines vérités, certaines contraintes des quartiers abandonnés, tout est évacué, mal positionné dans le récit, pour laisser place aux suivis interminables de personnages dans la cité. On ne nous montre jamais rien. C'est vraiment comme dans un jeu vidéo à la 3e personne même parfois. La prétendue dualité entre flics et banlieusards n'existe jamais, et l'ambiguité intéressante qui flotte tout le long du film sur le meurtrier du gamin est vulgairement écrasée par un plan final vraiment minable.
Je note qu'il y a quand même quelques moments où j'ai pu être sensible à l'esthétisme mais uniquement car je pense qu'il aurait fait un chouette clip de 15 minutes. En terme de cinéma, c'est le vide quasi total. Je ne comprends pas pourquoi il y a autant de récupération politique dans un film comme celui-ci qui ne cherche pas à décrire de réelles situations sociales. Il utilise certains évènements qui y font penser mais n'en jouent pas pour jouer sur le concret et sur les conséquences de certains actes. Les personnages restent donc très vides, aucune émotion n'en ressort, où est la tragédie dans des personnalités aussi creuses ? On est juste abasourdi par un ramassis d'esthétisme pompeux, des dialogues parfois même inaudibles joués pas des acteurs très moyen, et certains plans qui amènent presque à sourire tant l'on sent la prétention de mise en scène.
Dommage car le film a du potentiel, certaines séquences musicales sont plutôt bien montées (quand on le prend, encore une fois, pour un clip) mais Romain Gavras semble avoir du mal à sortir du rythme clipesque et l'accompagnement au scénario de Ladj Ly n'y changent rien. Ils n'arrivent pas à raconter une histoire et à adopter une mise en scène puissante.