Le dernier né de Romain Gavras (Notre jour viendra, Le monde est à toi) vient de faire son apparition dans le catalogue Netflix. Athéna, c'est le pari risqué de Gavras d'introduire le genre de la guerre dans le cadre cinématograhique qu'est la banlieue. Il y a de cela quelques années, Les Misérables (2019), de Ladj Ly, se concluait sur un champ contre-champ d'un enfant, marqué au visage par les séquelles d'une bavure policière, un cocktail molotov à la main, et d'un policier, pistolet en joue, le suppliant d'arrêter cette folie. Athéna saisit cette tension frénétique pour la laisser éclater dans une explosion contrôlée de main de maître.
Le film prend pour postulat de départ la mort d’un jeune garçon, issu de la cité fictive d’Athéna, tué lors d’un contrôle de police, une vidéo de l’altercation fuite sur Internet, et la cité s’en va en guerre. Ainsi, deux entités s’opposent, comme naturellement, à savoir les jeunes banlieusards et les forces de l’ordre. Deux entités toutes deux personnifiées par deux des grands frères du garçon tué, Karim (jeune leader de la cité, incarné par la révélation Sami Slimane) et Abdel (avec un impressionnant Dali Benssalah dans le rôle du militaire servant de médiateur avec la police) qui vont donner à cette guerre civile une valeur fratricide. C’est par cet état de fait que la guerre est déclarée et que le film va plonger dans les entrailles d'une cité en feu, où les tours deviennent les remparts de cette forteresse contemporaine. Romain Gavras choisit d'aller plus loin que le sensationnalisme fantasmé d'une opération choc de police à la BAC Nord (2021) et que le réalisme presque documentaire de la tension “banlieue-flics” des Misérables en plongeant brutalement le spectateur, d’entrée de jeu, dans cette situation de guerre absolue avec un époustouflant plan-séquence d’introduction (une chorégraphie réglé comme du papier à musique, rappelant les clips du réalisateur). Le dispositif du plan-séquence est d’ailleurs un habile moyen pour le réalisateur de rendre cohérente et tangible cette fresque humaine chaotique au sein de laquelle les récits de chaque personnage vont ainsi pouvoir s’entrecroiser.
Cependant, le scénario souffre d’une conclusion, poussée par un soudain revirement de situation, qui va à l'encontre de la radicalité guerrière et sociale du propos abordé par Gavras, pour n’en garder que l’aspect symbolique et mythologique. Se faisant, l’arrière-goût laissé par le visionnage d’Athéna peut être en demi-teinte (la séquence finale est à la limite du cliché, en plus d’être accessoire au film) tant la proposition faite autour du sujet des violences policières (proposition qui a tout de même le mérite de nous pousser à la réflexion et de nous insurger face à ce qui nous est montré) semble vouloir chercher un coupable du doigt, quand le reste du film évite cette position manichéenne. Pourtant, si le film souffre bien d’un défaut majeur, il n’est pas inhérent à sa conception, c’est sa sortie exclusive sur Netflix (à l’exception de quelques projections presse/influenceurs), ce qui est triste, de prime abord, de par la spectacularité des images qui auraient leur place en salles et, surtout, de par l’inexorable constat qu’on se doit de faire sur l’état de l’exploitation des salles obscures françaises.