Athena
5.6
Athena

Film de Romain Gavras (2022)

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Gavras fils est toujours entouré de soufre. Il faut dire qu’il aime les sujets qui vont titiller les garants de l’ordre et du drapeau, avec une fascination certaine pour le chaos et le passage à l’acte. Hormis de nombreux clips, je n’avais vu que Le monde est à toi que j’avais beaucoup aimé.


Aujourd’hui, dans un « quartier populaire ». Quatre frères. L’aîné est le gros dealer du coin. Le deuxième a fait allégeance à la République en allant combattre au Sahel pour le drapeau. Le troisième, ado fougueux, vit sa vie dans la cité. Le benjamin, on ne le voit pas et sa mort en introduction, des suites d'une bavure policière, va entraîner tous les évènements du film. Bref, la guerre civile comme vous y étiez.


Il ne faudra pas cinq minutes pour être pris par la puissance des images et la force des symboles. Dès le départ donc, les haters auront du grain à moudre. À la fois brûlot légitimant toutes les violences et carburant à réacs, Gavras met les pieds dans le plat de manière spectaculaire. En réalité, on s’étonnera surtout qu’il ait attendu si longtemps pour lancer son pavé dans la mare. Car on a vu tout ça se mettre en place à travers ses clips musicaux et ses longs précédents. Dans un sens, c’est ici un aboutissement. Ce postulat est à double tranchant. D’abord, la maîtrise formelle est parfaite. Le rythme est tenu, la mise en scène très emphatique impressionne, la photo nous plonge à la fois dans le réel et dans la dystopie, les compositions sont de toute beauté. Sans exagération, on est scotché au canapé pendant les cent minutes du film. On assiste à une sorte de cross-over entre la haine de Kassovitz, Assaut de Carpenter (et donc une relecture de Fort Alamo), Menace II society des frères Hughes et l’esthétique de NWR. Ça vous dit le niveau. Mais, tout ça pour quoi ? La recherche de l’émotion ? Ok, elle est là. Encore faudrait-il savoir laquelle est attendue. Colère, stress, montée d’adrénaline, tout est là. À quelle fin ? C’est là qu’on va devoir poser la question du fond. On sait la fascination de Gavras pour l’univers gangsta à la française. On sait aussi son attirance, au demeurant contagieuse, pour la violence brute, notamment celle, illégitime, des minorités. Il y a chez le spectateur, l’attrait pour le chaos et l’interdit et cette violence va créer ce conflit entre ce qu’on veut voir sur un écran et ce à quoi on veut assister. La fiction est-elle déjà une réalité ? Le sujet est vieux comme l’art. Provoquer le spectateur aussi. Reste qu’on peine à savoir ce que veut dire Gavras. Le récit reste manichéen, même quand les valeurs sont inversées. Et in fine, on se dit « tout ça pour ça ». Et cette violence, aussi belle soit-elle, n’aura rien résolu.


Un très bel objet donc, fortement recommandé à ceux qui voudront tester leurs nerfs et leurs convictions. Hélas, on regrettera un propos simpliste et une interprétation en deçà de ce qu’aurait exigé une telle tension. On est passé à ça d’un très grand film.


>>> La scène qu’on retiendra ? Cette introduction est absolument magique, enivrante par sa virtuosité autant que par sa surprise.

Konika0
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le 5 avr. 2026

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