Ça y est, le Festival d'Annecy 2025 a commencé et, alors qu'on attendait tous une annonce pour un film d'ouverture qui puisse annoncer le ton de cette 49e édition, on a été servi avec un programme de courts métrages qui pouvait annoncer de sacrés surprises en sélection de courts métrages (ou soit les négociations pour la diffusion de Scarlet de Mamoru Hosoda ont été trop complexe et n'ont pas abouti, poussant les programmateurs à se rabattre sur ce qui restait). Il est assez rare d'avoir des retours de la compétition officielle d'Annecy car les programmes diffusent plusieurs courts métrages en une seule séance, que les propositions sont toutes intéressantes, mais la majeure parti des gens privilégient les longs métrages (les expositions ou même les conférences), et même si des courts métrages sortent du lot, l'expérience est toujours entaché par le fait qu'il y a d'autres courts métrages durant la même séance qui font relativiser l'appréciation que l'on peut avoir sur une proposition car on vient voir un programme et non un court métrage en particulier. Pourtant, il serait peu dire qu'Atomik Tour a su faire parler de lui avec un enthousiasme assez surprenant par rapport à des longs métrages diffusés en compétitions qui étaient très attendu comme Planètes (peu être parce que le film est à chier). Pourtant il n'était pas étonnant de voir ce court métrage se démarquer car Bruno Collet n'est pas un nouveau venu et a déjà réussit à mettre tout le monde d'accord avec son précédent court métrage Mémorable, nommé aux Oscars et qui était une sacré claque esthétique. C'était une de mes plus grosses attentes de la sélection court métrage, mais j'avais malgré tout quelques craintes quant à l'univers sombre et possiblement horrifique qui, pour ma part, me rebute tant on tend vers du misérabilisme qui peut broyer du noir assez gratuitement. Pourtant, cela ne fait pas de mal d'avoir du fantastique et du genre en animation, et il est agréable d'avoir des réalisateurs confirmés qui s'essayent à l'exercice.
On suit un influenceur qui fait un vlog en 2018 (la date est très importante, on y reviendra plus tard) dans les décombres de Pripyat, la ville à 3km de la centrale de Tchernobyl qui est devenu le symbole des dégâts causé par l'explosion de la centrale. Très vite, la réalisation va pour prendre beaucoup de risques. Vu qu'on suit un influenceur qui film en live son aventure sur son portable, on a une première partie entièrement en vu subjective où l'on voit Tchernobyl filmé depuis le portable du personnage principal qui tenu par le personnage principal. On veut nous immerger dans le périple du personnage par un point de vu interne à qui on est sensé s'identifier, et démontrer un véritable savoir faire en stop motion. Pourtant, les premières minutes et ces plans de téléphones mettent en avant à quel point les effets visuels sont moches. Si les réalisations en pâte à modeler sont plutôt réussites, quoi qu'inégal par endroit, les effets visuels sont tous très pas très propres. Que ce soit l'incrustation de l'image du live sur le téléphone (ce qui est embêtant lorsque la moitié de ton film n'est vu qu'à travers une image incrusté dans un téléphone), la disparition de certains personnages dans un nuage de poussière, ou même les animations de nuages sur les cheminées ou lors d'explosions, la quasi intégralité des animations ne sont pas convaincantes. Tout cela est renforcé par la démarche artistique et le soin accordé à la pâte à modeler qui démontre d'une volonté de réalisme et d'un soin esthétique dans une retranscription réaliste de la réalité. Mais paradoxalement, le film dénote une envi de ne pas être foncièrement réaliste, mais de jouer sur un entre deux pour donner une impression de réalité. C'est pour cela notamment que le personnage principal peut ressembler autant à une poupée Barbie ou à un personnage d'Army men sarge's heroes (si l'on devait trouver une explication au manque cruel de personnalité qui se dégage du personnage principal, autrement que par "c'est moche parce qu'ils ont bâclé le personnage") parce que plus que cibler une personnalité précise, il est question de parler d'une tendance, d'un groupe indistinct qu'on pourrait caricaturer comme étant des personnalités entre le virilisme excessif qui dénature des lieux de recueillement pour les sensations fortes, et l'égocentrisme qui cultive une certaine conception de la beauté. Tout comme le personnage principal, on est amené à voyager entre différentes perceptions de la réalité (ce qu'on retrouvait déjà dans Mémorable avec Alzheimer en toile de fond) entre le regard désintéressé de l'influenceur, le regard de ceux qui ont œuvré pour tenter de restaurer Pripyat, et ceux découvrant la vie de la ville avant l'incident. Ne pas s'attarder sur la réalité frontale des lieux pour parler d'autre chose beaucoup plus grand, et dans cette démarche, on est presque en proie à suivre le réalisateur. Le soucis étant que ce dernier a une vision très arrêté de son sujet, qu'il expose avec peu de finesse et de réflexion.
Le film critique les créateurs de contenu qui ne respectent pas l'histoire derrière Tchernobyl, mais très vite, on tombe dans un discours infantilisant et bas de plafond à la Sauvages de Claude Barras. D'une part parce que l'évolution de personnage tient du situationnel incohérent et absurde d'invraisemblances à coup de coup sur la tête, d'urbex où personne ne surveille un bâtiment émettant des radiations mortelles, de portes qui se bloquent, de commerçants se trouvant à moins de 10m de bâtiments radioactifs qui disparaissent dans la nature... Tout le récit n'est qu'une juxtaposition académique et grossière amenant à justifier maladroite une situation qui aurait pu être amené avec un vrai travail de scénariste. Ensuite, le sujet même du film et la manière de l'amener est plus que douteuse. On parle d'une série de vlogs à Pripyat qui ont été réalisés entre 2017 et 2019 par influenceurs comme Mamytwink, Wankil Studio, ou encore Anil B. Ces derniers y sont allés pour des raisons divers, allant de l'étude documentaire au vlog historique, parfois poussé par le succès de la série Chernobyl et la mode de l'urbex. Pourtant, la très grande majorité des influenceurs ayant réalisés ses vlogs affichent un profond respect vis-à-vis de l'histoire des lieux. Plus que le fait de visiter un lieu radioactif, c'est la notion de ville déserte anciennement peuplé qui intéresse les créateur et les pousse à réaliser des vlogs pour mettre en avant la charge historique des lieux. Enfin, l'ensemble des vlogs ont été réalisé bien après leurs publications car il y a eu un montage permettant aux créateurs de contextualiser, de raconter l'histoire de Pripyat, et pour des raisons techniques divers car soit ils n'avaient pas le droit de filmer en drone car Pripyat se situe pas loin de la frontière avec la Biélorussie, soit parce qu'ils n'avaient pas l'équipement et le réseau pour réaliser des lives dans des lieux aussi reculés... en 2018. Parce que oui, on rappelle en 2018, les lives n'étaient pas aussi démocratisés qu'aujourd'hui car on est à une ère pré-Covid, TikTok est encore à ses tout débuts, Youtube est encore la plateforme n°1 pour partager du contenu vidéo, et c'est précisément une période d'évolution des mentalités où les productions de sont de plus en plus ambitieuses et moins portés sur l'humour et le dynamisme. Il y a un ras le bol généralisé des créateurs vis-à-vis de la nécessité de faire toujours dans l'excès, d'où différentes prises de paroles comme Antoine Daniel et ses 20 conseils pour Youtubeur qui appelaient à un contenu moins formaté et pouvant se permettre un registre plus sérieux, ou encore le Joueur du grenier et son Youtube m'ennuie. Tout cela ne démontre qu'une chose: le réalisateur n'a strictement aucune idée de ce dont il parle. On veut nous parler de la jeunesse hyper connecté mais avec une vision anachronique sur les personnages qu'on souhaite mettre en avant, ainsi qu'un langage ringard et déconnecté de la réalité qu'on pouvait avoir dans les années 80 et 90, à base de dialogues imbuvable où le youtubeur "d'jeuns", au jeu d'acteur plus que limité, va jusqu'à lire mot à mot les pseudonyme de chacun des spectateurs qui réagit à son live. Le pire étant que le film n'exploite même pas son propre sujet, et ne fait que sélectionner ce qui l'arrange. Dans le vlog de Wankil Studio, on peut apercevoir le reste du groupe de visiteur qui visitaient la ville en même temps que Laink et Terracid. On peut y voir, dans une certaine marge, le tourisme et l'exploitation touristique des lieux qu'on peut dénoncer car pouvant être nocif pour la préservation des lieux et si l'on veut vraiment rattacher cela avec un contexte actuel, on a le triste exemple d'Inoxtag et de son aventure Kaizen où des touristes, souvent riches et peu soucieux de la charge qu'ils donnent au sherpas qui les accompagnent, payent pour gravir l'Everest et créer des embouteillages monstres pour possiblement dégrader le plus haut sommet du monde. Tout cela n'est même pas traité et est juste résumé à "regardez, il y a des cons qui visitent des lieux protégés et il y a des boutiques souvenirs à la sortie de Pripyat". On obtient ainsi un patchwork très dégradant et réactionnaire sur un sujet, dont le réalisateur démontre l'ignorance crasse à chaque scène ou presque, qui se contente de rassembler tout ce qu'il n'aime pas de la génération actuel. On sent un film pratiquement fait par opportunisme, qui exploite une imagerie et un sujet pour proposer de "belles" images en noir et blanc sur un sujet choc, et cracher sur tout une génération à travers une image faussé qui parle moins de ce qu'elle dénonce que de la haine aveugle de l'artiste derrière l’œuvre.
Le film tombe ainsi dans une forme d'obscurantisme et d'exploitation malhonnête d'un sujet pour, à son tour, exploiter l'imagerie de Tchernobyl... et faire exactement ce que l'on critique tout le long du film. Car oui, si je parle de Pripyat et non pas de Tchernobyl, c'est parce que le film appuie grossièrement les lieux célèbres de Pripyat, comme la grande roue (littéralement le tout premier lieu que l'on voit depuis le téléphone portable du personnage principal), qui ont fait de cette ville le symbole des dégâts de Tchernobyl. On ne s'attarde même pas sur le fait de pouvoir identifier Pripyat autrement qu'à travers ce que l'on sait déjà de Pripyat, ou avec des clichés absolument honteux à base de flashback depuis une salle de classe avec une choral d'enfant qui chantent et une ambiance pesante pour montrer à quel point l'incident a fait des dégâts humain. Le film donne l'impression de voir son réalisateur qui, à l'image de son personnage principal, se met en avant à travers les ruines de Pripyat. Atomik Tour est un ratage monumental dont l'absence d'intérêt n'a d'égale que l’immaturité de son réalisateur qui démontre une absence total de réflexion dans la conception de cet égo-trip moche et dégradant. C'est honteux.
5/20
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