Cet été, j’ai eu l’occasion de voir Atomik Tour en projection à Rennes. Ma résolution de l’année, c’est de développer davantage mon avis sur ce que je vois, alors je me lance.
Pour résumer rapidement, le court métrage suit un jeune TikTokeur qui visite Prypiat, une ville en République soviétique d'Ukraine
Elle se trouve à quelques kilomètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl, et donc dans la zone d’exclusion mise en place autour de la centrale apres la catastrophe nucléaire de 86.
En gros, maintenant c’est une ville fantôme.
En ce qui concerne le court métrage
Parlons de ce qui fâche en premier, comme ça, c’est fait.
L’écriture du personnage principal m’a fait tiquer dès les premières minutes du court métrage. En tant que jeune, certains termes employés par ce fameux TikTokeur m’ont semblé écrits par quelqu’un qui n’a pas notre âge. C’est un choix que je trouve très osé : le réalisateur n’a pas eu peur d’aller chercher dans des horizons qu’il ne maîtrisait peut-être pas totalement.. Et pourtant, cinq minutes plus tard, je me suis retrouvée complètement plongée dans le film.
Après le depart du bus, on plonge dans le vif du sujet et on reconnaît immédiatement l’univers de Bruno Collet. Les décors sont plus qu’impressionnants, et le choix de représenter les personnages sans visage est à la fois dérangeant et brillant. Ce côté chelou que j’adore dans ses réalisations. Ces corps, qui partent en cendres comme s’ils n’étaient rien, renforcent l’idée de déshumanisation totale.
Qui fait écho a la réelle histoire de Prypiat : après l’explosion du réacteur, les habitants ont été laissés dans l’ignorance, sans information ni protection, et l’évacuation n’a eu lieu que plus de vingt heures après la catastrophe. Dans le film, ces corps anonymes deviennent pour moi une métaphore de cette invisibilité (dans l’histoire d’aujourd’hui et d’hier)
Le personnage principal, lui, ne se rend pas compte des dégâts qu’il provoque : il est hors de la situation, complètement extérieur à leur histoire.
J’ai trouvé particulièrement fort le regard critique porté sur les attractions touristiques autour des monuments de aux morts. Une boutique de souvenirs au pied d’un bâtiment de Pripyat : ce genre de choses existe vraiment, et ça me révolte. Comment peut-on faire de l’argent sur la mort de gens, capitaliser sur des années de traumatismes ? Et j’irais encore plus loin : le simple fait de visiter ces lieux en tant que touriste (ce mot, touriste) comme le répète plusieurs fois le personnage, et d’acheter et consommer autour de ces lieux me mets vraiment mal a l’aise.
Je pense sincèrement que ce film devrait être montré en classe. J’en ai d’ailleurs parlé avec mon père, qui est professeur d’histoire.
Ce court métrage pourrait être un très bon point de départ pour ouvrir une discussion en cours sur le respect des lieux ayant une histoire, justement parce qu’il ne donne pas toutes les réponses et pousse les élèves à réfléchir par eux-mêmes.
Le personnage principal pourrait être mal interprété : on pourrait y voir le cliché du « djeuns » un peu trop con, scotché à son téléphone, indifférent à l’Histoire, prêt à filmer n’importe quoi pour faire des vues. Mais je ne l’ai absolument pas perçu comme ça. Pour moi, le réalisateur ne critique pas une génération : il montre un individu profondément inconscient et il se trouve qu’il est jeune.
Quand on connaît et qu’on comprend les œuvres précédentes de Bruno Collet, on se doute bien qu’il ne s’arrête pas aux clichés faciles.
D’ailleurs, les exemples de personnalités publiques qui manquent de respect aux lieux qu’elles visitent pour faire du contenu ne manquent pas, Logan Paul en est un exemple évident.
Atomik Tour ne parle pas uniquement de tourisme morbide.
Pour moi Il parle de notre manière de consommer la mémoire, de transformer la tragédie en décor, et de regarder l’Histoire sans jamais vraiment l’affronter.