Film qui a plutôt mal vieilli mais qui reste assez audacieux pour l'époque. À sa sortie en 1990, Attache-moi ! était perçu comme un film radical, surtout aux États-Unis. Sa longue scène de sexe, entre d'aures plans osés, avait déclenché une polémique.
Le postulat de départ est casse-gueule : transformer une séquestration en « comédie romantique ». Si le personnage de Ricky s'inscrit a posteriori dans la lignée des figures d'isolés obsessionnels chez le cinéaste (que l'on retrouve par exemple dans Parle avec elle ou La piel que habito), les réactions des personnages semblent trop premier degré pour traiter ce sujet sensible avec distance. Comme il fera plus tard, Almodovar laisse ses personnages s'exprimer, boussole morale de côté, mais on ne peut s'empêcher de ressentir une certaine gêne, qu'on peut éprouver dans ses autres films.
Visuellement, le film s'ouvre sur une séquence perturbante, aux airs de « porno d'horreur » kitsch, dirigé par un vieux réalisateur porno libidineux qui se déplace sur un fauteuil roulant électrique. On se demande vraiment où va le récit, avant que les trajectoires des personnages s'entrecroisent, ce qui sera aussi fréquent dans sa filmographie.
Je suis donc en train de dire que ce film, malgré ses faiblesses, est directeur dans les thématiques qu'on retrouvera plus tard chez le réalisateur, d'où ma note. S'il utilise souvent une interlude musicale dans ses films, ici l'utilisation sonore est étrange : les musiques mélo-romantiques manquent de subtilité. Loin d'apporter une vraie distance ironique, ces envolées sursignifiantes rappellent davantage une comédie dramatique pour adolescents du type L'Étudiante qu'un drame almodovarien.
Le dénouement illustre toute l'ambiguïté du film. En apparence convenu, le final ressemble à un happy ending hollywoodien trop facile où le trio roule vers l'avenir. Pourtant, un détail améliore ce constat : alors que les deux autres chantent dans la voiture, le visage de Marina se fixe, traduisant un moment d'absence et de réalisation morbide. Cette dissonance avec un simple happy ending est bienvenue, mais elle arrive presque trop tard, en décalage complet avec le reste du récit qui prend ses situations absurdes au premier degré.
Aujourd'hui, le scandale formel s'est effacé pour laisser place à un malaise. Un tel film serait écrit et perçu bien différemment de nos jours pour ne pas être taxé de mysogine et celebrant la culture du viol. La charge subversive de l'époque s'est effacée pour laisser place à un malaise éthique et formel. Attache-moi ! reste une comédie romantique étrange, resultat d'un Almodóvar qui semble avoir cherché à provoquer son monde en tirant sur les ficelles d'un genre qu'il manipule.