Au bain des dames
7.3
Au bain des dames

Court-métrage documentaire de Margaux fournier (2025)

« Comme dans un théâtre à ciel ouvert, elles rient, parlent d’amour, de sexe, de corps qui changent, et refont le monde avec la liberté de celles qui n’ont plus rien à prouver. »

Au bain des dames, court-métrage disponible sur France.tv, suit la journée ensoleillée d’un joyeux groupe de seniors à la plage. Ce petit groupe, constitué à la grande majorité de femmes, se livre aux discussions les plus intimes avec une certaine légèreté, d’une liberté extraordinaire.

La mise en scène adopte d’emblée cette position claire : la caméra ne quitte jamais réellement les personnages. Elle les suit de près, parfois à la limite de l’inconfort, comme si elle refusait toute échappatoire esthétique. Ce choix crée une intimité presque tactile. On ressent la chaleur, le sel sur la peau, le sable qui colle, la Méditerranée toute proche. Marseille n’est pas un décor de carte postale : elle est brute, brûlante, traversée de corps et de voix.

Les corps, justement, sont au centre du film. Les peaux sont exposées, mais jamais pour séduire. Elles sont montrées parce qu’ici, on ose se montrer. La nudité ou la semi-nudité n’a rien d’érotique : elle est un geste de vérité. Elle dit l’abandon des masques sociaux, l’acceptation de soi dans un espace où les normes semblent suspendues. Le bain devient un lieu de liberté totale, presque archaïque, où les hiérarchies s’effacent et où la parole circule autrement.

Cette liberté est d’autant plus précieuse qu’elle correspond à un âge charnière, celui où l’on commence à libérer des choses essentielles mais trop souvent tues. Le film aborde frontalement le mal-être personnel, les violences conjugales, sans jamais tomber dans le didactisme. Les dialogues peuvent être âpres, parfois mordants, une véritable « langue de serpent », mais ils restent profondément honnêtes. Rien n’est édulcoré : la douleur est dite comme elle vient, dans sa brutalité et sa confusion. Lorsque Joelle évoque les atroces violences conjugales dont elle a été victime, elle arbore un sourire fascinant car elle n’a pas honte, elle n’a pas peur.

C’est cette sincérité qui rend l’attachement aux personnages si fort. On ne les observe pas de loin : on partage leur souffle, leurs silences, leurs contradictions. La dernière scène cristallise tout ce que le film a patiemment construit. Sans effets spectaculaires, elle agit comme une décantation : l’opposition générationnelle ne se conclue pas par une séparation mais par une acceptation de l’autre, de son époque, de ses gouts, de son identité. Ce qui aurait dû être un conflit d’époque se révèle au contraire être un moment de rapprochement entre deux mondes que tout sépare. Cette beauté et cette authenticité conclue à merveille la simplicité et la profondeur de l’œuvre, soulignant que l’amour et le partage sont possibles quand on ose, quand on ose s’affirmer, quand on ose s’adresser aux autres, quand on ose être.

Au bain des dames s’impose ainsi comme un court-métrage profondément sensoriel et politique, qui parle de liberté non comme un slogan, mais comme une expérience vécue, fragile et nécessaire. Elle nous rappelle qu’au fond, le seul frein à notre libération n’est bien souvent que nous-même, lorsque la peur de dire, de montrer et de rompre avec ce qui nous enferme l’emporte sur le désir, pourtant vital, de se réapproprier son corps, sa parole et sa place au monde. Ce n’est pas un simple transport au sein du quotidien de nos aînés en été, c’est une véritable plongée épidermique et humaine, où chaque corps, chaque mot et chaque silence devient le lieu d’une résistance intime et d’une possible émancipation.

NolanHILD
8
Écrit par

Créée

le 31 déc. 2025

Critique lue 72 fois

NolanHILD

Écrit par

Critique lue 72 fois

D'autres avis sur Au bain des dames

Au bain des dames

Au bain des dames

9

u_0cd9d3a8693956a7b0

le 28 oct. 2025

Suivre

Analyse #18

"Au Bain des Dames" est un portrait de la vieillesse qui détonne complètement avec le discours dominant. Nombreuses sont les œuvres dépeignant les vieilles personnes comme seules, tristes, sans...

Au bain des dames

Au bain des dames

8

GuillaumeL666

le 15 févr. 2026

Suivre

L'envie d'avoir envie

J'ai décidé de regarder les différents courts-métrages nommés aux César et disponibles parce que c'est rigolo, et quand j'ai vu le résumé de celui-là je craignais que ça ressemble trop aux Fiancées...

Au bain des dames

Au bain des dames

9

nelka

le 9 juin 2026

Suivre

joelle....

je regarde pas souvent de courts métrages mais celui la était sur ma liste depuis qu'il est sorti et j'ai trop aimé ! je bois leurs paroles moi à ces dames ! mais j'aurai voulu que ce soit plus long...

Du même critique

Quatre nuits d'un rêveur

Quatre nuits d'un rêveur

10

NolanHILD

le 21 août 2025

Suivre

Critique de Quatre nuits d'un rêveur par NolanHILD

Il y a des films qui bouleversent parce qu’ils parlent directement à ce que nous portons de plus fragile. 4 Nuits d’un Rêveur appartient à cette catégorie. Pendant quatre nuits passées au bord de la...

Aguirre - La colère de Dieu

Aguirre - La colère de Dieu

9

NolanHILD

le 28 déc. 2025

Suivre

Critique de Aguirre - La colère de Dieu par NolanHILD

Werner Herzog, à seulement 28 ans, signe avec Aguirre, la colère de Dieu un film légendaire, une œuvre à la frontière du reportage halluciné et de la fresque mystique. Tournée avec une seule caméra,...

Œdipe roi

Œdipe roi

8

NolanHILD

le 21 août 2025

Suivre

Critique de Œdipe roi par NolanHILD

Dans Œdipus Rex, Pasolini s’inspire directement — et presque religieusement — de la pièce de Sophocle. La fidélité est frappante : scènes et dialogues sont repris, la plupart du temps, mot pour mot,...