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Œil-dipe roi
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le 14 sept. 2014
Dans Œdipus Rex, Pasolini s’inspire directement — et presque religieusement — de la pièce de Sophocle. La fidélité est frappante : scènes et dialogues sont repris, la plupart du temps, mot pour mot, comme si le texte antique avait simplement changé de décor. Mais cette fidélité a un prix : il faut, à mon sens, avoir lu la pièce pour saisir pleinement la portée du film et en apprécier la densité. Ayant déjà analysé le texte de Sophocle (voir ma critique sur SensCritique), je laisserai de côté ici le cœur du mythe pour me concentrer sur l’adaptation.
Le film conserve l’enchaînement narratif original, mais Pasolini y ajoute un prologue aussi bref qu’efficace, résumant toute l’histoire d’Œdipe depuis sa naissance jusqu’aux premières péripéties, ce qui permet au spectateur d’entrer immédiatement dans le drame. Fidèle à sa réputation de cinéaste radical (Salò n’est pas si loin), Pasolini ne recule devant rien : il filme la violence, la rage et la souffrance de façon crue, presque insoutenable, comme pour rappeler que le tragique ne se murmure pas, il se hurle.
Au-delà de la tragédie antique, le film joue aussi comme une parabole politique. La figure d’Œdipe, aveuglé par son destin et incapable d’échapper à la mécanique qui le broie, fait écho à l’Italie écrasée par le fascisme : un peuple pris au piège d’un pouvoir autoritaire, qui avance malgré tout vers sa propre perte. Cette lecture politique donne au film une intensité supplémentaire, où le mythe antique devient une réflexion sur les dérives du pouvoir et la cécité collective.
Visuellement, Pasolini choisit une esthétique dérangeante. Les paysages arides, presque hostiles, traduisent l’austérité du destin et la sécheresse émotionnelle d’un monde gouverné par les dieux. Les costumes, volontairement inhabituels et étranges pour un regard contemporain, créent un décalage temporel qui dérange, empêchant toute lecture confortable et nous rappelant que cette histoire se joue dans un espace-temps hors du nôtre. Les jeux de lumière sont eux aussi lourds de sens : les plans où le soleil écrase les personnages évoquent la présence constante des dieux, et plus particulièrement d’Apollon, omniprésent dans le mythe d’Œdipe, dont le regard brûlant semble guider — ou condamner — chaque geste.
Au final, Œdipus Rex n’est pas qu’une simple transposition de Sophocle : c’est une relecture viscérale, politique et sensorielle, qui conserve l’ossature du mythe tout en l’habillant d’une intensité visuelle et idéologique typiquement pasolinienne.
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le 21 août 2025
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