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le 28 oct. 2025
SuivreAnalyse #18
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J'ai voulu voir ce court-métrage après en avoir lu mention dans un article de The Conversation (https://theconversation.com/corps-vieillissants-desirs-vivants-une-revolution-discrete-se-joue-sur-les-ecrans-279010) traitant de la visibilité de la sexualité des seniors à l'écran, thème jusqu'alors drapé dans les replis du tabou.
Présenté comme un docu, on perçoit tout de même quelques axes de scénarisation au long de la demi-heure de ce métrage, nécessaires pour lui donner un semblant de cohérence. Autrement, les micros ouverts et les prises de vue oscillant entre plans généraux et gros plans sur l'anatomie surchauffée de ces dames, n'auraient pas suffi à initier un narratif.
Le propos du docu procède d'un graff sur un mur, invitant "les vieilles" à garder (ou à remettre) leur soutif. Graff tracé en belles lettres bâton à la peinture noire, géantes, sans fautes d'orthographe. Il fallait un pitch. Était-il fortuit ? Tablons sur le hasard des repérages ! On sait alors de quoi il va s'agir, le topless n'étant plus guère pratiqué de nos jours que par les dames dont la jeunesse était contemporaine à cette mode libertaire surgie vers la fin des années 70.
Nous sommes à Marseille et le verbe est savoureux, pittoresque, cru parfois. Les deux copines arrivées les premières sont rejointe par une autre de ces dames, puis une autre encore équipée d'une somptueuse mise en plis - la seule à être encore en couple, et qui explique à la cantonade qu'elle est tenue de rendre compte à sa moitié de l'heure de son retour. S'ensuivent des anecdotes galantes, la plus délurée des trois, aux faux airs de Marie-Anne Chazel, évoquant ses aventures au gré des applis, une autre avouant avoir exploré la bisexualité et rejetant la drague numérique, préférant être classiquement draguée. Le passé est évoqué, tumultueux, à base de mari cogneur, pilier de bar. Est-on pour autant plus libre ?
A un moment donné, l'une de ces dames flashe sur un gentleman un brin décati qui scrute l'horizon au bord de l'eau. Le monsieur se rapproche et, courtois, se contente de leur souhaiter de passer une bonne journée. Plus loin, c'est un papy barbu et jovial qui vient leur tenir compagnie, sans plus.
L'incursion de ces personnages mâles en dit assez long sur ce qui, dans la vie réelle, sépare de fait femmes et hommes solitaires ou esseulés entre la soixantaine, au-delà et très au-delà, distinguo qui pourrait faire l'objet d'un autre docu de plage où seuls les hommes auraient à s'exprimer sur leurs couples passés, leurs attentes, leurs éventuels espoirs romantiques et/ou gaillards.
Vers la soixantaine, l'homme réfléchi sait faire la part des choses entre ses désirs et ses besoins. La femme se sait dans la dernière ligne droite avant l'invisibilité et la solitude qui en résulte. Le gentleman du bord de l'eau, quoique convoité par la dame (celle qui veut se faire refaire les paupières), s'en tient à un bref salut courtois et le voici hors-champ. Le papy barbu savoure quelques instants de compagnie avec les baigneuses, sans jamais les courtiser.
Ce sont ces deux séquences qui scellent tout l'intérêt du métrage, car loin de se rapporter à la sexualité des seniors, elles en traduisent le difficilement vécu quand ce n'est pas le mal ou le non-vécu, au travers de cette séparation des corps qui s'opère dans les attentes des unes et la réserve des autres. Les anecdotes sont riches, voire croustillantes, mais ces dames viennent à la plage entre copines, et non flanquées de l'amant, du "copain" du moment. Et ces messieurs restent à l'écart.
Le film n'évite pas les clichés. Vieilles scies de variétés dans le téléphone, gueulantes après les jeunes qui ont l'outrecuidance d'écouter Jul un peu plus loin. Heureusement, l'idole des boomers met tout le monde d'accord et accompagne le générique de fin. A l'évidence, aux yeux des cinéastes et documentaristes du XXIème siècle, tous les boomers sans exception étaient fans de Hallyday et ne connaissaient que Hallyday. Exit Led Zep, Pat Metheny, les Stones, Véronique Sanson, Lavilliers, Marvin Gaye, John Mac Laughlin, Léo Ferré et les Carpenters...
Créée
le 10 août 2026
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