C'est Arrivé près de chez vous, Dead Man Talking, Dikkenek, la Belgique nous habitue depuis quelques années à des œuvres où des personnages sales, bêtes et méchants sèment la zizanie dans une industrie qui a souvent peur d'offenser autrui. Au Nom du Fils entre aisément dans cette catégorie. Prêtres pédophiles ou islamophobes, mère vengeresse dézinguant du curé, le film de Vincent Lannoo tape le pied dans la fourmilière à grand coup d'humour noir, usant d'une liberté de ton assumée.

Elisabeth (Astrid Whettnall) est une fervente catholique qui met sa foi au service de Radio espoir chrétien, son diocèse, son mari et ses enfants. Mais la mort de son époux et de son fils aîné, victime du père Achille, (Achille Ridolfi) va ébranler ses croyances, la forçant à entamer une croisade vengeresse.
Diffusé seulement dans une poignée de salles, la faute à des intégristes chrétiens n'approuvant pas l'image d'une Eglise montrée comme corrompue, Au Nom du Fils aurait mérité une plus large exposition dans l'hexagone tant il nous change des insipides comédies made in France. Car, à défaut d'être petit, le plat pays porte une belle paire... d'idées qui lui permet de proposer un cinéma atypique, emplit de cynisme et de méchanceté.

Se penchant sur la pédophilie des ecclésiastiques et l'omerta qui l'accompagne, Au Nom du Fils parvient à poser les bonnes questions sous une couche de second degré bienvenu qui prête plus à sourire qu'à crier au scandale. Grâce à une écriture aux petits oignons concoctée par Vincent Lannoo et Philippe Falardeau, le film offre au spectateur une belle brochette de personnages azimutés qui le laisse repus. Entre un prêtre leader d'une organisation qui s'entraîne au combat sur des mannequins à l'effigie d'Oussama Ben Laden, un autre prêt à tout pour gravir les échelons de l'Eglise, ou encore une mère s'occupant personnellement des religieux coupable d'attouchements sur mineurs, Au Nom du Fils va loin, ne s'interdisant aucune limite dans des dialogues homophobes, racistes, bref, pas très catholiques.

Ce déferlement d'anticléricalisme et d'humour frôlant la ligne passerait beaucoup moins sans la partition impeccable des deux acteurs principaux Astrid Whettnall et Philippe Nahon. Mélange de la mariée de Kill Bill et de Bernadette Soubirous, l'actrice apporte profondeur et subtilité dans la crise de foi d'Elisabeth, qui peine au fil des minutes à croire en un Dieu sourd et aveugle. Avec sa gouaille à la Audiard et sa bonhomie, Philippe Nahon, lui, réussit à rendre sympathique le pire personnage d'Au nom du Fils, le père Taon. Lui donnant le bon dieu sans confession, personne ne se rend compte des atrocités proférer par ce dernier et de ses actes ne desservant que son propre intérêt.

Corrosif et dénonciateur, Au Nom du Fils a le courage de développer un thème pas au goût de tous. Sans être un chef d'oeuvre du genre, le film parvient à faire rire sur de l'atroce, créant une comédie noire des plus étonnantes.
claudie_faucand
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 21 mai 2014

Critique lue 362 fois

claudie_faucand

Écrit par

Critique lue 362 fois

1

D'autres avis sur Au nom du fils

Au nom du fils

Au nom du fils

2

jackstrummer

70 critiques

Kill Bible

"On dirait un Kill Bill belge", me disait une amie lorsque je lui résumais le pitch de Au Nom Du Fils. Oui, mais alors un Kill Bill sans le rythme trépidant, sans la variété, sans l'invention...

le 4 juin 2014

Au nom du fils

Au nom du fils

5

PiotrAakoun

309 critiques

Critique de Au nom du fils par PiotrAakoun

Trop caricatural à mon goût.

le 18 janv. 2013

Au nom du fils

Au nom du fils

3

GreenSubmarine

7 critiques

Grossier et prétentieux

La critique contre l'Église catholique à travers ces représentations de bigots abrutis par leurs croyances aveugles, on la connaît par cœur. La moitié du film consiste en la répétition systématique...

le 7 juin 2016

Du même critique

Django

Django

4

claudie_faucand

104 critiques

Django : un biopic... et des fausses notes

Un Reda Kateb comme tête d'affiche, une période dramatique de la France, le jazz manouche comme toile de fond, tout était présents pour faire de Django, un biopic quatre étoiles. Hélas, pour son...

le 11 mai 2017

Rock'n'Love

Rock'n'Love

8

claudie_faucand

104 critiques

Rock' n' Love : Ils ont refusé, mourir d'amour enchaînés

Le pari de David Mackenzie était complètement fou : réaliser un film en plein festival rock, et faire coïncider la durée du tournage avec celle du festival, soit seulement quatre jours et demi. Pari...

le 28 mars 2012

Prometheus

Prometheus

8

claudie_faucand

104 critiques

Et j'ai crié Alien pour qu'il revienne

Nombreux sont les fans de la saga qui ont crié Alien pour qu'il revienne. Enfin entendus, il est de retour mais de manière indirecte dans Prometheus. Constitué de tenants et d'une mythologie propres,...

le 30 mai 2012