Après un biopic sur Niki de Saint Phalle sans une seule œuvre de l'artiste à l'écran, voici un film autour de Keith Jarrett sans une seule note du célèbre pianiste. D'accord, le sujet n'est pas tellement le génial et ombrageux musicien de jazz américain, mais plutôt l'organisation aussi chaotique qu'improbable d'un concert dont l'enregistrement déboucha sur un double album mythique et l'un des disques les plus rémunérateurs de l'histoire du jazz, avec 4 millions d'exemplaires vendus. Mais si le musicien américain figure bien dans le film sous les traits de John Magaro, notamment lors d'un voyage (fictif) entre Lausanne et Cologne en compagnie du producteur Manfred Eicher et d'un journaliste musical anglais, c'est surtout l'histoire de Vera Brandes qui est au cœur de cette reconstitution plus ou moins fidèle d'une entreprise artistique hors du commun. Passionnée de musique cette audacieuse jeune fille de 17 ans s'improvisa promotrice pour différents musiciens de jazz anglais et américains avant de se lancer dans l'aventure de sa vie, l'organisation à l'opéra de Cologne d'un concert de Keith Jarrett qui entamait alors son expérience de solo entièrement improvisé. Mais les choses se passèrent très mal, puisque le pianiste se retrouva devant un quart queue d'étude désaccordé au lieu de l'instrument haut de gamme qu'il avait exigé.
Et ce qui était jusque là une sorte de sympathique docu-fiction sur le job d'organisatrice de concert se transforme en un thriller haletant, une sorte de Cours Lola, cours à travers la ville et les coulisses de l'opéra de Cologne pour trouver un piano digne du maître... jusqu'à un pitch final fictif joliment trouvé. Si la première partie du film aurait gagné à être plus resserrée, Il n'y a pas besoin d'être un amateur de jazz forcené pour apprécier le traitement vif et rythmé de cette histoire atypique, portée par la formidable Mala Emde, au milieu des bouillonnantes années 70 finement reconstituées.