A première vue, "Aucun ours" est un concentré d'énigmes : pourquoi un tel titre ? Pourquoi le cinéaste accapare-t-il le rôle principal ? Pourquoi ses démêlés avec les villageois prennent-ils une telle place ? Mon but n'est pas de répondre à ces nombreuses questions, ce serait vous priver de découvrir par vous-même un film complexe, riche et profond. Certains pourraient détester naviguer dans un brouillard d'obscurité. Je préfère voir le verre à moitié plein. Ruser avec l'interdiction de filmer est une contrainte qui force à l'ambiguité : film documentaire ou de fiction ? Film politique ou simple fable ?

Les conflits pullulent comme les interrogations. Conflits entre les individus qui luttent contre des traditions villageoises inadaptées (mariages arrangés à la naissance) et contre l'oppression politique (censure et répression iraniennes). Est il préférable de jurer sur le Coran ou sur des images ? La zone frontière entre l'Azerbaidjan iranien et la Turquie s'avère idéale pour mettre en scène le choc de contradictions existentielles. La frontière symbolise l'ambiguité politico-sociale, zone où la contrebande propose une alternative aux abus des pouvoirs. Jafar Panahi se fait contrebandier, l'obscurité lui permer de survivre en Iran, même si ses acteurs cantonnés en Turquie pratiquent aussi le double jeu.... La difficulté est de faire la part entre l'hypocrisie, les mensonges et la vérité. La voie de la liberté est étroite, semée d'embuches et d'ours croquemitaines, mais le réalisateur parvient à tourner son film nocturne à la barbe des Barbus.

lionelbonhouvrier
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Créée

le 16 mai 2026

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