Visuellement flamboyant, narrativement inutile

Ce nouvel opus est la suite directe d'Avatar 2, et avec le même brio, il en met plein les yeux. Une fois de plus, c'est 3h de grand spectacle comme on en a jamais vu, avec des effets spéciaux qui ont 10 ans d'avance, une richesse visuelle incomparable grâce à un univers vivant et toujours aussi inventif, une direction artistique à tomber, et une mise en scène calibrée au quart de poil pour sublimer les images et offrir l'action la plus spectaculaire possible sans perdre en lisibilité.

Si le rendu avait fait un bond significatif entre le 1 et le 2, l'évolution est plus subtile et ce sont surtout les aficionados de CGI-porn qui vont se régaler avec des simulations de liquides d'un réalisme absurde, des peintures qui ruissellent sur des pores de peau photoréalistes et— En résumé : j'ai passé 3h à regarder des plans composés de 90% d'images de synthèse et à presque aucun moment mon cerveau ne m'a fait signe que quelque chose avait l'air faux.

On pourrait s'en tenir à applaudir le talent des équipes de Weta, mais je veux aussi saluer Cameron qui sait filmer ses scènes pour mettre leur boulot en valeur, en évitant les caméras impossibles à la Marvel qui cassent l'immersion.


Il s'agit de la suite directe d'Avatar 2, et il en reproduit tous les défauts : des personnages nuls dont on se fout éperdument et qui pourraient mourir d'un instant à l'autre sans me faire lever un sourcil, un casting médiocre (Sam Worthington n'est pas le pire, c'est pour dire) et une écriture qui peine à susciter la moindre émotion.


Petit inventaire des troupes :

• Jake Sully est toujours aussi stoïque et chiant.

• Lo'ak, le fils, est aussi intéressant que dans le second film, et ce n'est pas un compliment.

• Kiri, la fille, a le physique d'une ado, et la voix d'une femme de 76 ans, et c'est encore plus choquant que dans le second film.

• Spider est largement plus important dans ce film et n'a toujours aucun charisme, arc de développement, ni présence à l'écran.

• Neytiri ne servait à rien dans le 2, mais on lui a enfin rendu un rôle. Merci !

• Miles continue de jouer les méchants de cartoon, mais il est si mal entouré que je l'ai considéré comme le perso le plus intéressant de ce film, et c'est... plus ou moins un compliment ?

• Varang avait du potentiel, et son intro comme leader d'un culte violent était excitante, mais ces promesses ne sont pas tenues et elle s'efface très rapidement dans la seconde partie du film.

+ D'autres personnages bleus dont vous avez oublié le nom et l'existence, qui avaient une vague présence dans Avatar 2, mais sont relégués au second plan.


o o o


Je reviens sur l'absence totale d'émotions — outre l'émoi esthétique — car à mon sens, c'est ce qui fait de cet Avatar le maillon faible de la trilogie, alors qu'il aurait dû en être le climax.


Avatar 1 avait l'avantage de nous faire découvrir tout son univers. Le protagoniste avait beau être un peu nul, j'étais fermement campé dans les bottes de Sully car on découvrait Pandora ensemble. Avec lui, j'ai découvert la pureté de la culture indigène et j'ai voulu protéger leur nature menacée par les pourritures capitalistes. Émotionnellement, j'étais dedans.

Avatar 2 nous a fait le coup de la maman baleine qui meurt sous les yeux de son baleineau, et si ça ne vous a pas secoué, vous avez un coeur de pierre.

Avatar 3 a deux scènes de tension dramatiques désamorcées avant même de commencer, car on sait pertinemment que Cameron n'a pas les couilles de montrer un perso qui se suicide ou l'exécution sommaire d'un ado. Lui, ne sait pas qu'on sait, alors il nous sort le grand jeu, et c'est ridicule.


Pour embarquer son audience, Avatar aurait besoin de meilleurs personnages incarnés par de meilleurs acteurs. Dans Le Seigneur des Anneaux, par exemple, j'étais dégouté quand Gandalf est tombé dans l'abime, car le perso est rigolo est attachant et fabuleusement interprété par Ian McKellen. J'ai chialé quand Boromir agonisait dans les bras d'Aragorn, car son personnage était humain et faillible et que Sean Bean l'a parfaitement habité à l'écran. J'étais attaché à la plupart des personnages et émotionnellement impliqué dans leurs aventures.


o o o


Avatar 3 rejoue des séquences entières du second film. J'en avais un souvenir confus, donc ça ne m'a pas dérangé outre mesure, mais si vous les matez l'un après l'autre, ça doit être choquant de se retaper la pêche au gros, le drama de la baleine rebelle et les scènes de "Waow, je nage vite avec mon otarie géante."


Plus grave : narrativement, le film ne sert à rien.

• Il se termine exactement dans la même situation que le 2. Les humains ont été repoussés mais sont loin d'être vaincus, Sully et sa bande vivent sur la barrière de corail, le méchant est vaincu mais pas mort, la planète est toujours autant dans la merde.

• Rien de significatif n'a eu lieu. Aucun perso n'est mort, aucun perso important n'a été introduit, l'échiquier politique et militaire est inchangé. Exception mineure pour les aventures mystiques de Kiri.

• Rien n'est résolu à la fin du film. Les humains sont toujours là, vont toujours défoncer Pandora jusqu'à en sucer toutes les ressources. Avoir perdu un chalutier est juste un petit contretemps.

• Rien de nouveau n'a été introduit : pas de nouveau biome, pas de nouveau concept.


Une fois de plus, Avatar 3 aurait pu être le climax de la trilogie mais c'est juste une relecture du 2 sur un papier légèrement plus brillant. Je ne me suis jamais ennuyé devant, le film est une merveille visuelle à la mise en scène ciselée, mais je ne peux m'empêcher d'imaginer ce qu'il aurait pu devenir avec un script plus stimulant et un meilleur casting.


Imaginez : dans deux ans, Cameron sort Avatar 4 et donne enfin une conclusion à sa saga.

Puisque les 2 et 3 s'arrêtent au même endroit et que rien de ce qui se passe dans le 3 n'a de conséquences, pourquoi regarder Avatar 3 plutôt que passer directement du 2 au 4 ?


Dès lors, pourquoi une note si élevée ? Je vous ai dit que le film était magnifique ?

Ezhaac
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le 30 déc. 2025

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Ezhaac

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