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le 20 déc. 2025
SuivreLess is lore
Dans l’interminable ère du grand recyclage et des franchises dont Hollywood ne parvient pas à sortir, le plaisir des retrouvailles est de moins en moins manifeste. L’essorage des personnages et des...
Vu il y a déjà plusieurs semaines, je suis ressorti d’Avatar : De feu et de cendres avec cette désagréable impression qu’on a parfois de « vouloir » aimer une œuvre tout en étant retenu par quelque chose. Comme beaucoup j’aime avoir une opinion tranchée sur une œuvre, savoir simplement que j’aime ou que je n’aime pas, auquel cas je puisse évacuer rapidement le souvenir du film.
Mais ici, c'est impossible. Car Avatar 3 est le film des extrêmes, un film qui regorge de qualités autant que de défauts. On pourra au moins reconnaître au réalisateur d’avoir fait un film qui ne laisse pas indifférent. On peut aussi lui reconnaître d’être capable à chaque nouveau film de la trilogie d’arriver à faire aussi bien que le précédent, voire mieux, ce qui n'est pas toujours évident dans les licences. Alors je vais commencer par les points noirs et je finirais par le bon, car je précise à l’avance que j’ai quand même été agréablement marqué par ce film.
Mais si on devait résumer, son problème majeur est sa longueur. Il y a – au minimum – une heure en trop, dans une partie finale où les évènements semblent être là pour combler un vide scénaristique, dû à un choix de montage trop long pour ce qui est raconté, ou qui devrait être raconté après le 2e film. J'avais trouvé qu'Avatar : La Voie de l'eau se défendait plutôt bien, et que les trois heures n'étaient pas dérangeantes : le rythme en était ralenti mais elles avaient au moins l'utilité de développer l'univers marin, la culture et le lore des Navi's de l'eau, d'agir comme une balade, un intermède entre deux films brutaux - de présenter une fresque de ce nouvel écosystème. Dans De Feu et de Cendres, les 3 heures sont injustifiées. Pire, elles alourdissent le film, le font retomber à plat, voire le dénature en lui faisant perdre sa cohésion.
[Attention spoils]
Pour commencer, la nouvelle DA qu'on nous vend et qui semble arriver au début du film (la meilleure partie) : gros dirigeables violets, peuple des cendres, forêt en flamme...n'est pas respectée ensuite, et on retourne rapidement auprès du peuple de l'eau, qu'on a aimé découvrir dans le 2e film, mais dont on est maintenant lassé.
L'idéal aurait été de trouver un moment, au milieu du film, après une bataille entre les Metkayina (na'vis de l'eau) et les Mangkwan (na'vis des cendres), pour refermer temporairement l'arc Payakan-Lou'ak-fille du chef des Metkayinas et le réouvrir plus tard dans le 4e opus, laissant notre famille Sully poursuivre un périple vers de nouveaux territoires dans la deuxième partie du film.
Au lieu de ça, non seulement nos amis retournent auprès du peuple de l'eau reprendre leur vie et faire quelques pirouettes sous-marine, non seulement il y a des éléments de déjà vu pendant les deux premiers tiers du film : groupe d'enfants en fuite dans la jungle, colonel Quarridge qui retrouve Jake et le confronte, Spider qui se fait enlever et emmener en labo...mais en plus Cameron va encore plus loin dans la similitude et on assiste dans le dernier tiers du film à une bataille marine contre les chasseurs de tulkuns, comme à la fin du 2e film, puis à un enlèvement d'enfants par Quarridge qui les amène sur le pont d'un navire et réclame Spider ou Jake Sully en échange, exactement comme à la fin du 2e film. Et là on écarquille les yeux et on se demande si on est bien en train de regarder le 3e film, et si le réalisateur ne nous prend pas pour des (gros) cons.
Concernant les Mangkwans, l'idée d'un peuple navi cruel, cupide, et qui poursuit un but maléfique est bonne, mais il manque à ce peuple du développement (comme il en a toujours manqué aux humains qui ne sont que des destructeurs).
C'est aussi un film qui ne prend pas de risques sur ses personnages. Sans demander qu'un membre de la famille Sully meurt à chaque film, on attendait quand même un développement des personnages qui sorte de la route toute traçée. La tentative qui en est faite avec la scène où Jake tente de tuer Spider est d’une lourdeur, et mal positionnée dans le film selon moi. On peut la voir d’ailleurs comme une référence biblique, Abraham voulant sacrifier son fils Isaac, tout comme la référence au Christ fils de Dieu avec Kiri qui est fille d’Eywa.
Le seul moment qui aurait pu constituer une prise de risque finalement est la manière dont « meurt » le colonel Quarridge, le suicide, même si je dis « aurait » car la scène est très mal amenée et ressemble plus à une manière grotesque de jeter le personnage à la poubelle dans une séquence baclée qu'à une fin digne; et qu’on peut être quasiment sûr qu’il n’est pas mort comme on ne voit pas de corps.
Il a manqué selon moi :
-d’une scène supplémentaire où on voit Quarridge se questionner sur le sens de sa vie, amenant à l’idée du suicide, de la rédemption ou d’une troisième voie entre humains et na’vis.
-d’une scène qui apporte de la profondeur au personnage de Spider un peu fade (par exemple où on le verrais confronter Jake Sully en affirmant que Quarridge semble plus l’aimer que lui).
-d’une scène qui explique clairement les avantages stratégiques d’une alliance entre humains et peuple des cendres (tout ça seulement pour voir des mecs à dos d’Ikrans manier des lance-missiles ?), mais ça demandait aux scénaristes de se creuser la tête, aie, aie, aie.
Mis avec « La Voie de l'eau », 6h 30 de film pour n'achever le développement que de deux ou trois personnages sur une demi-douzaine démontre une faiblesse et une paresse scénaristique qui va de pair avec un scénario qui reste dans le sentier battu. Un scénario qui est une éternelle répétition qui ne repose que sur deux leviers pour faire avancer l’aventure : la famille Sully est dispersée et doit se regrouper, ou bien, un membre de la famille a été enlevé par le Colonel. Espérons que Cameron ait plus d’idées pour les films 4 et 5.
Ajoutons les scènes inutiles, où l'univers va dans la surenchère et brise la magie suffisante à l'émerveillement : l'appel à Eywa qui ramène tous les animaux même les ikrans qui sont loin, la scène à la fin où les personnages ont juste à se connecter à une anémone et peuvent aller dans le monde des morts façon casque VR (risque de dédramatisation de la mort à l'extrême, mis en exergue par le Joueur du Grenier dans sa critique. Il aurait fallu quelque chose de beaucoup plus subtil, plus poétique, communiquer avec les morts avec des signes dans le ciel, dans l'eau, ou autre chose).
Et enfin le pompon, la scène du chef des marins-pêcheurs humains qui se fait tuer en dernier à la fin, toujours sûr de lui, et bien sûr par le tulkun qui avait le plus souffert, est d'une puérilité. On se croirait dans Jurassic Park ou dans un Disney pour enfants.
Et pourtant, malgré tous ces défauts, je mentirais en disant que je n’ai pas eu de coup de cœur devant cet Avatar.
Il y a des scènes qui m'ont vraiment impressionné : la bataille des dirigeables avec le Mangkwan kamikaze, la plante qui fait exploser ses piques sur les gardes mangkwan, la fuite de Neyriti du tipi de Varang sur la plateforme humaine…Et pendant un moment, après la première heure passée, j’y ai cru. Est-ce que cette fois Cameron va vraiment réussir à faire un Avatar qui nous passionne par son univers, qui prend aux tripes, qui peut générer des fans comme il y a des fans de Star Wars, d’Harry Potter, du Seigneur des Anneaux...et puis le rêve s’est évaporé dans une redite des opus précédents.
Ca reste du très beau spectacle, il y a quand même de l'audace, et, osons le mot, du grand cinéma. Je pense que c'est le meilleur opus des trois, même si je devrais revoir le premier.
Vu les faiblesses pointées, j’ai hésité un moment sur la note à laisser. Je déteste ne pas pouvoir aimer ou mal aimer une œuvre en entier, et devoir osciller sur un goût amer. Je crois que je vais garder en tête les passages que j'ai vraiment aimés et m'efforcer d'oublier la seconde partie du film. Et puis...c'est Noël.
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Créée
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