Faut-il dérober le feu aux dieux ? Et si les dieux étaient en réalité les hommes ? Pourquoi les Na’vis volent-ils le feu aux hommes qui ne sont pas des dieux ? Et mes fesses sont-elles sur la commode ?

James Cameron nous livre avec Avatar 3 un divertissement mirifique et resplendissant d’ethnoscience-fiction. La technologie utilisée est extraordinaire et le spectateur éberlué sent les centaines de millions de dollars qui ont été employés pour produire chaque seconde de cette fable écologique poignante. Block buster et en même temps véritable petit film d’artisan, fignolé à la main, qui utilise tellement bien les images de synthèse qu’il ne pourra pas vieillir. Des millions, des milliards, des trilliards de pixels. Tenez et mangez-en tous, ceci est ma CGI, livrée pour vous. Et la 3D ? Pourquoi si peu au cinéma ? Pourquoi si sérieux ? Nous voulons plus de film en 3D, Shaun le mouton en 3D, le biopic sur Bob Dylan en 3D, Pierrot le fou en 3D.

Le premier opus d’Avatar se centrait sur la forêt et la terre, le deuxième sur l’eau et la vie aquatique de Zygmunt Baumann et Bill Murray (ou Murène). Celui-ci va donner la part belle au feu et aux cendres. Ces motifs ne sont pas traités de façon superficielle et nous n’avons aucunement affaire à une resucée du deuxième volet. Nous sommes émerveillés par toutes les créatures qui peuplent le monde de Pandora, les loutres, les phoques, les félins, les dragons. Il faut décerner une mention spéciale aux calamars-espadons de la fin envoyés à la rescousse par Mère-Nature et qui viennent faire la différence dans la confrontation finale en embrochant les non moins excellents crabes-bathyscaphes-transformers des méchants petits humains. Car les humains sont petits dans Avatar, comme des pygmées, comme des schtroumpfs cruels à la peau rose, tandis que les autochtones sont grands et bleus et charismatiques. Les personnages sont attachants et l’on se sent immédiatement en connexion avec eux, notamment avec le petit Mowgli blond sous appareil respiratoire. Le meilleur moment du film demeure celui où Kiri, la fille mystique de Sigourney Weaver, née de l’opération du saint Esprit de Gaïa-Eywa, réussit à connecter le petit Tarzan au mycélium-wifi de la planète en sorte qu’il n’a plus besoin de porter son masque contre ses apnées du sommeil, ou plutôt de la veille. On appréciera tout particulièrement la disparition de l’ennuyeuse idée principale de la franchise, à savoir que les humains sont capables de créer des clones de Na’vis qu’on appelle les avatars, annulant par là même la fastidieuse référence à l’horrible mythologie hindoue et à ses divinités grimaçantes, féroces et bleutées, avatar de Vishnou, avatar de Krishna, avatar de Khaine et tant d’autres.

Les batailles sont épiques et leur issue demeure toujours heureusement imprévisible et incertaine. Le souffle grandiose de la guerre est présent et l’on se prend à rêver que la glorieuse épopée passe de la 4k à 40k, que les humains dans leurs dreadnoughts rasent la planète à coup de lance-flamme et de napalm au nom de l’Impérium de l’Humanité. Le film n’est en définitive pas trop long, ne comporte pas trop de scènes d’enlèvement ni trop de clichés (les militaires sont méchants, le scientifique est gentil et sauve le jour), il fait un usage très modéré des références à l’effroyable bande-dessinée des artistes maudits et sans talent Thierry Cailleteau et Olivier Vatine. J’ai nommé : Aquablue. « Aquableue » au Québec, parue en 1988 et qui a bercé notre enfance de cauchemars apocalyptiques tant elle était mal dessinée, peu poétique et farfelue. Pourquoi pas Gandahar tant qu’on y est ? Ou la Planète Sauvage ? Pour les chanceux qui ne la connaîtraient pas, nous en rappelons ici les linéaments décharnés : « Aquablue est le récit de la résistance d’un peuple indigène (des bonhommes poissons à la peau bleue, qui ressemblent en réalité plus aux Taus qu’aux Na’vis) face à un envahisseur humain qui veut exploiter les ressources de son territoire. Le peuple indigène a recueilli un humain blond du nom de Nao et est aidé dans sa lutte de mammifères marins, qui ressemblent à de gigantesques raies mantas ». On ne relira donc pas du tout Aquableue qui a plagié préventivement l’œuvre de Cameron mais l’on attendra en revanche avec impatience « AVATAR 4 : MOUSSES ET FOUGERES. »


LeJardindesIdees
10

Créée

le 6 janv. 2026

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